L’effet Dunning-Kruger et la psychologie du choix des politiciens

Les démocraties choisissent leurs gouvernants selon une procédure qui examine bien des choses — mais pas ce qui compte. Les élections n’examinent pas la compétence, et l’incompétence élue ne reconnaît pas sa propre insuffisance. Ce que cela peut coûter, on peut l’étudier à partir d’événements documentés à la Direction de la santé du canton de Zurich, dont les Zurichois ont eux-mêmes choisi la cheffe à deux reprises; ce qui serait possible, à l’exemple d’un ancien élève d’école de commerce venu de Kandersteg. Depuis que le conseiller fédéral Guy Parmelin a annoncé sa démission, Natalie Rickli est citée comme possible conseillère fédérale. Le 9 décembre, la décision revient à un organe capable d’examiner ce que les élections n’examinent pas: l’Assemblée fédérale.

I. La double malédiction de l’incompétence

Rome, 15 janvier de l’an 69. Servius Sulpicius Galba est empereur depuis sept mois et mort depuis quelques heures, abattu sur le Forum. Tacite lui consacre une nécrologie qui énumère d’abord ses vertus - gloire militaire en Germanie, gouvernement mesuré en Afrique, justice en Hispanie - avant de basculer en une seule subordonnée: «maior privato visus dum privatus fuit, et omnium consensu capax imperii, nisi imperasset.»1 Tant qu’il fut simple particulier, il parut plus grand qu’un simple particulier; et, de l’avis de tous, il eût été capable de régner — s’il n’avait jamais régné.

Quelque dix-neuf siècles avant l’étude qui allait donner son nom à ce constat, un sénateur romain avait logé le cœur du problème dans une proposition conditionnelle, et dans un meilleur style. Que l’on observe la construction de la phrase: d’abord les mérites, complets et sans malveillance, ensuite le bilan. Qui écrit sur l’exercice d’une charge publique ne peut procéder autrement — et ce texte s’y tiendra.

En 1999, Justin Kruger et David Dunning publiaient une étude dont le titre contient déjà tout le problème: «Unskilled and Unaware of It» — incompétents, et inconscients de l’être.2 Leur constat: qui est incompétent dans un domaine y surestime systématiquement sa performance — non par vanité, mais pour une raison structurelle. Les chiffres sont éloquents: ceux qui, aux tests d’humour, de grammaire et de logique, se classaient dans le quartile inférieur se situaient en moyenne au douzième centile - 88 participants sur 100 avaient fait mieux - , mais se plaçaient eux-mêmes au soixante-deuxième, donc au-dessus de la moyenne.2 Car la capacité nécessaire pour trouver la bonne solution serait aussi nécessaire pour reconnaître comme fausse sa propre solution erronée. Ce qui manque aux personnes concernées, Kruger et Dunning l’appellent métacognition — littéralement la connaissance de la connaissance, c’est-à-dire la capacité de juger la qualité de sa propre pensée. Qui la possède remarque quand il ne comprend pas quelque chose. Qui ne la possède pas ne le remarque pas, et ne remarque pas davantage qu’il ne le remarque pas. L’incompétence est donc une double malédiction: elle produit des erreurs et empêche en même temps de les percevoir. L’incompétent ne maquille pas ses comptes; il en est le lecteur le plus crédule.

Dans un entretien publié le 20 juin 2010 dans le «New York Times», David Dunning déclarait:3

David Dunning: «Eh bien, ma spécialité, c’est la prise de décision: avec quelle justesse les gens prennent-ils les décisions que la vie exige d’eux? […] Non seulement les gens disaient des choses positives sur eux-mêmes — ils y croyaient vraiment, dur comme fer. D’où mon observation: quand on est incompétent, on ne peut pas savoir qu’on est incompétent.»

Errol Morris: «Pourquoi cela?»

David Dunning: «Si on le savait, on se dirait: un instant — la décision que je viens de prendre n’a pas grand sens; je ferais mieux d’aller chercher un avis indépendant. Mais quand on est incompétent, les compétences nécessaires pour produire la bonne réponse sont exactement les mêmes que celles qu’il faut pour reconnaître une bonne réponse comme telle — dans le raisonnement logique, dans l’éducation des enfants, dans le management, dans la résolution de problèmes. Nous avons donc vérifié si cela se confirmait aussi dans bien d’autres domaines. Et, à notre grand étonnement, c’était vrai, très, très nettement.»

David Dunning en conversation avec Errol Morris. The New York Times, 2010.3

Un résultat de la même étude passe volontiers inaperçu, et il est décisif pour tout ce qui suit. Lorsque Kruger et Dunning ont enseigné à une partie de leurs sujets la compétence testée - en l’occurrence le raisonnement logique - , ce sont précisément les plus faibles d’entre eux qui ont ensuite évalué leur performance de manière nettement plus réaliste. Qui apprenait voyait aussi, avec son nouveau savoir-faire, les limites de celui-ci.2 La double malédiction n’est donc pas une fatalité. On peut la briser, mais pas par l’introspection, car l’instrument avec lequel il faudrait s’examiner est précisément l’instrument défaillant. Elle se brise par l’apprentissage, et l’apprentissage commence en règle générale par une remarque venue de l’extérieur, que l’on prend en compte au lieu de la repousser. Pourquoi certains repoussent cette remarque au lieu de l’utiliser, la psychothérapie cognitive le sait depuis longtemps: qui lie sa valeur en tant que personne à sa réputation entend dans chaque critique de son travail un jugement sur lui-même — et un tel jugement, on le repousse au lieu de l’examiner. C’est là aussi une erreur de pensée, et une erreur particulièrement perfide: elle se protège elle-même en rejetant précisément la remarque qui pourrait la corriger. Retenons la distinction entre la remarque qu’on examine et celle qu’on repousse; ce texte en aura encore besoin — une fois pour un succès, une fois pour son contraire.

La probité oblige à signaler que ce constat n’est pas incontesté parmi les spécialistes. Une partie de la recherche récente juge l’ampleur de l’effet surestimée et en explique une bonne part par la statistique: qui obtient de très mauvais résultats ne peut guère se sous-estimer, mais peut fortement se surestimer, et cela seul produit une partie du schéma.4 Pour l’argument de ce texte, il suffit toutefois de l’affirmation plus faible, que même les critiques ne contestent pas: l’auto-évaluation n’est pas un substitut fiable à un examen. Or c’est précisément cet examen que, comme le montrera la section II, la procédure électorale ne fournit pas.

Cette revue a développé ailleurs ce constat comme axe épistémologique de la psychopathologie. C’est moins savant qu’il n’y paraît. L’épistémologie est la théorie de la connaissance; l’idée est que la souffrance psychique est, au fond, un problème de savoir, plus précisément: d’un savoir faux qui se tient pour juste. La fausse certitude des malades5 n’est pas de l’entêtement, mais un défaut de connaissance — qui ne peut voir les erreurs de pensée qui le rendent malade les prend pour la réalité. Le patient anxieux qui prend ses palpitations pour le signe avant-coureur d’un infarctus ne ment pas et n’exagère pas; il ne voit tout simplement pas qu’il se trompe — et c’est pourquoi ce n’est pas un «Ressaisis-toi» bien intentionné qui l’aidera, mais seulement la correction de son erreur. Ce qui vaut là pour l’individu vaut aussi pour les institutions qui sélectionnent des individus. Et c’est ici que cela devient politique: une démocratie qui pourvoit son exécutif par l’élection suppose tacitement que la procédure électorale examine l’aptitude à la fonction. Cette supposition est fausse, et non par hasard: le défaut tient à la construction même de la procédure.

Le présent texte étaye sa thèse en quatre étapes. Il montre d’abord, à partir de la procédure elle-même, pourquoi les élections n’examinent pas l’aptitude à une fonction (section II). Il montre ensuite, à travers un homme qui a comblé par le travail la lacune de la procédure, que les choses peuvent malgré tout bien tourner (III). Il documente ensuite, à travers l’exercice d’une charge, ce qui se passe quand personne ne comble la lacune, et pourquoi un tel état de choses ne se corrige pas de lui-même (IV et V). Et il s’achève sur la seule élection gouvernementale, au niveau fédéral et cantonal, qui puisse encore être un examen: l’élection par l’Assemblée fédérale, qui désignera le 9 décembre 2026 la personne appelée à succéder au conseiller fédéral Guy Parmelin (VI).

II. L’examen qui n’examine rien

Imaginons une entreprise qui désignerait son médecin-chef selon une procédure mesurant exclusivement l’aisance des candidats devant les caméras, leur loyauté envers leur organisation professionnelle et leur capacité à échauffer le public à coup sûr. On souhaiterait à cette entreprise un administrateur de faillite. Or c’est précisément cette procédure qu’est la campagne électorale — un télécrochet. Elle mesure la télégénie, la loyauté partisane, la capacité de polariser et la notoriété — autant d’aptitudes à conquérir une fonction. Elle ne mesure ni la compétence technique, ni la maîtrise des dossiers, ni la conduite du personnel, ni le jugement dans l’incertitude — les aptitudes nécessaires pour exercer une fonction. Les deux profils de compétences ne sont pas seulement différents; ils s’opposent en partie, car qui polarise schématise, et qui schématise n’a rien à faire dans un domaine politique comme la santé.

Que ce soit davantage qu’une subtilité, cela se mesure. Le pédagogue canadien Laurence J. Peter a formulé en 1969, avec Raymond Hull, le principe qui porte son nom: dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s’élever jusqu’à son niveau d’incompétence.6 Le mécanisme est simple. On promeut celui qui a fait ses preuves à l’échelon actuel, non celui qui convient pour le suivant; on monte donc jusqu’à atteindre un échelon où l’on ne fait plus ses preuves — et l’on y reste. Ce qui avait commencé comme une satire, les économistes Alan Benson, Danielle Li et Kelly Shue l’ont vérifié cinquante ans plus tard sur les données de performance de vendeurs de 131 entreprises. Les entreprises promouvaient de préférence leurs meilleurs vendeurs, et ce au détriment d’autres qualités qui auraient mieux prédit le succès comme cadre dirigeant. Plus un vendeur avait vendu avant sa promotion, moins ses collaborateurs vendaient ensuite. Les auteurs chiffrent ainsi le prix de cette pratique: «Ce comportement conduit les entreprises à promouvoir des collaborateurs qui réduisent de 30% la performance de leurs subordonnés — par rapport à une politique de promotion qui optimise l’adéquation des candidats.»7 Le meilleur vendeur ne faisait donc pas le meilleur chef; il en faisait même, en moyenne, un moins bon. La campagne électorale est une promotion aux chiffres de vente.

Le système de milice suisse le savait jadis. Par système de milice, on entend que les fonctions publiques ne sont pas exercées par des politiciens de métier dotés d’une formation spécialisée, mais par des citoyens qui les assument à côté de leur profession ou à partir de celle-ci. Il renonçait délibérément à des exigences formelles de qualification — non par indifférence envers la compétence, mais parce qu’il la présupposait ailleurs: dans les preuves faites avant la politique, sur le plan professionnel, communal et militaire. Le diplôme était superflu parce que les preuves faites en tenaient lieu. Ce substitut s’érode à mesure que la carrière prépolitique consiste elle-même déjà en relations publiques: l’élection n’examine alors plus que ce qu’elle récompense de toute façon, et la boucle se referme. La boucle, ici, fonctionne ainsi: qui est connu est élu, et qui est élu devient plus connu. Le cercle se confirme lui-même, et la question de savoir si quelqu’un est capable de surveiller un hôpital, de concevoir une planification méthodiquement rigoureuse ou de retenir un collaborateur expérimenté ne s’y pose nulle part. Le télécrochet n’est donc pas un abus de la procédure - pas un accident de parcours que de meilleurs candidats répareraient - , il est la procédure, dès que les lieux où l’on faisait ses preuves en dehors du spectacle ont disparu.

De Kruger et Dunning découle à présent la seconde moitié, plus désagréable, de l’argument. Si cette procédure portait au pouvoir une erreur de casting capable de se reconnaître comme telle, le mal serait limité: la personne travaillerait, déléguerait, apprendrait. La double malédiction veut cependant que cette reconnaissance soit le moins probable précisément là où elle serait le plus nécessaire. Une erreur de casting qui ne peut se reconnaître comme telle ne se corrige pas — elle se stabilise. Et elle se stabilise, de manière prévisible, avec les moyens qu’elle maîtrise: la communication plutôt que le travail de fond, le contrôle plutôt que la délégation, des décisions sans critère fixé au préalable, le rejet de la critique plutôt que son examen. Savoir si cette déduction tient est une question empirique. La Suisse a l’obligeance de fournir les deux dispositifs expérimentaux.

Ce serait une consolation de pouvoir dire que l’élection est après tout une procédure démocratique et donc au-dessus de toute critique. Les inventeurs de la démocratie voyaient les choses autrement, et même exactement à l’inverse. Aristote constate dans la «Politique»: «Il paraît démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort, et oligarchique qu’elles soient électives.»8 À Athènes, la plupart des charges étaient effectivement tirées au sort parmi les citoyens; seules étaient électives les rares fonctions qui exigeaient un savoir-faire avéré, comme celle de stratège. Montesquieu reprend le constat presque mot pour mot en 1748: «Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie; le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie.»9 La raison est simple: qui vote ne veut pas n’importe qui, mais le meilleur — et l’affirmation qu’il en est de meilleurs est une idée aristocratique, non démocratique.

Cela ne dit rien contre les élections, mais tout sur leur condition. La procédure ne se justifie que si elle examine réellement qui est le meilleur; car l’élection fut d’emblée conçue comme une sélection — le politologue Bernard Manin parle du principe de distinction.10 L’élection moderne a conservé la forme aristocratique et perdu le critère d’examen. Elle promet toujours le meilleur et mesure désormais la visibilité. Les Athéniens n’auraient sans doute pas changé d’avis si on leur avait expliqué que, deux millénaires et demi plus tard, des candidats brigueraient la faveur des téléspectateurs dans des studios de télévision — ils auraient seulement demandé où, dans cette procédure, l’examen avait lieu. À ce jour, la question reste sans réponse.

Retenons ce qui a été montré jusqu’ici, car tout ce qui suit s’appuie dessus. Premièrement: la campagne électorale examine l’aptitude à conquérir une fonction, non à l’exercer. Deuxièmement: là où les preuves faites avant la politique disparaissent, plus personne ne vérifie si l’aptitude professionnelle et humaine à la fonction est seulement présente. Troisièmement: selon Kruger et Dunning, qui accède à la fonction sans cette aptitude ne peut remarquer lui-même son insuffisance — à moins de se laisser instruire de l’extérieur; et plus il lie étroitement sa valeur en tant que personne à sa réputation, plus cela lui est difficile. Il ne s’ensuit pas que tout élu soit inapte; il s’ensuit seulement que la procédure ne l’empêche pas. Que les choses tournent bien dans un cas donné dépend alors surtout de ce que l’élu fait de sa lacune. Les deux sections suivantes montrent les deux réponses possibles à partir de deux cas dont les points de départ se ressemblent étonnamment: tous deux sans études universitaires, tous deux issus du marketing, tous deux du même parti.

III. La preuve qu’on peut faire autrement: Adolf Ogi, l’ancien élève d’école de commerce venu de Kandersteg

Lorsque Adolf Ogi fut élu au Conseil fédéral le 9 décembre 1987, la NZZ lui reprocha de n’avoir jamais fait d’études; sa formation d’école de commerce serait, au regard de la tâche, une formation à voie étroite.11 L’objection était factuellement exacte: école primaire à Kandersteg, trois ans d’école de commerce à La Neuveville, un séjour linguistique en Angleterre — telle était toute la formation formelle de l’homme qui devait reprendre le Département fédéral des transports, des communications et de l’énergie, un département d’infrastructures techniquement exigeant pour lequel aucun certificat ne le qualifiait.12 Sa carrière auparavant: office du tourisme de Meiringen-Hasliberg, Fédération suisse de ski - dont il fut le directeur dès 1975 - , puis directeur général d’Intersport.12,13 Un permanent de fédération et homme du marketing sportif, élu au Conseil national en 1979 en coqueluche de la presse de boulevard.12 Aux yeux de la bourgeoisie cultivée, une provocation. Il ne fut élu qu’au second tour, avec 132 voix; au premier, selon le Dictionnaire historique de la Suisse, quelques élus bourgeois lui avaient refusé leur voix parce qu’il avait soutenu en 1983 la socialiste Lilian Uchtenhagen.12,13 Ogi n’a jamais oublié le reproche de la NZZ et l’a ramené, trois décennies plus tard, à la formule la plus concise qui soit: «Si vous entrez au Conseil fédéral par une voie étroite, vous ne pouvez que surprendre.»11

Ce qui suivit est la réfutation la plus précise de l’argument du diplôme que l’histoire suisse ait à offrir. Ogi traita sa lacune de compétences non comme un problème de communication, mais comme un travail à accomplir. Il s’appropria les dossiers, s’entoura de spécialistes qu’il écoutait au lieu de les remplacer, et mena le département à des résultats que l’on peut visiter — au sens propre: le 27 septembre 1992, le corps électoral accepta nettement le projet de nouvelle ligne ferroviaire à travers les Alpes.12 Un homme sans certificat de maturité gagna la votation populaire sur le plus grand projet d’ingénierie du siècle parce qu’il l’avait compris avant de le vendre. Le tunnel de base du Saint-Gothard, inauguré en 2016, est son monument — et, accessoirement, la réponse à la NZZ de 1987.

Comment il s’y prit, Ogi l’a décrit lui-même, et ses propos se lisent comme un antidote à la double malédiction de l’incompétence de la section I. Il savait qu’il ne suffit pas d’être prêt à cent pour cent, parce que les autres le sont aussi: «Il faut être prêt à 110%!» De la négociation, il disait qu’il fallait savoir «faire avancer sa stratégie tout en créant la confiance et en écoutant ses interlocuteurs, même quand ils disent des bêtises!» Sa formation, il la nommait sans détour: «Vu sous cet angle, ma carrière militaire a été mon université.» Et à propos de lui-même: «J’ai compris que j’étais prêt à prendre des responsabilités, même si cela pouvait parfois signifier encaisser des coups.»14 Que l’on observe ce qui figure dans ces phrases: la préparation, l’écoute, la responsabilité et le prix qu’elle coûte. Et ce qui n’y figure pas: le paraître. La carrière militaire comme université, c’est le système de milice de la section II en une seule phrase — les preuves faites en lieu et place du diplôme. Et l’écoute, même quand l’autre dit des bêtises, est la condition sans laquelle l’issue décrite à la section I reste hors d’atteinte: qui écoute chacun ne laisse pas non plus échapper la seule remarque qui compte.

Pour ce que faisait là Ogi, il existe une description plus ancienne et plus acérée que toute la littérature managériale moderne. Machiavel distingue, au vingt-deuxième chapitre du «Prince», trois sortes d’esprits: le premier comprend par lui-même, le deuxième comprend ce que d’autres lui montrent, le troisième ne comprend ni par lui-même ni par les autres. Le premier, dit-il, est éminent, le deuxième excellent, le troisième inutile.15

Le sel de cette tripartition se trouve au milieu. Le deuxième esprit n’est pas un génie; il est quelque chose de plus rare, à savoir quelqu’un qui sait ce qu’il ne sait pas et peut donc écouter. Un ancien élève d’école de commerce qui comprend qu’il a besoin de l’ingénieur est, sur l’échelle de Machiavel, non pas le troisième, mais le deuxième — et le texte dit expressément «eccellente». Le troisième esprit, en revanche, ne comprend ni par lui-même ni par les autres — et par conséquent pas davantage à quelle sorte il appartient. Quelque 480 ans avant Kruger et Dunning, et en phrases plus courtes.

La seconde partie du mandat d’Ogi est volontiers oubliée, et c’est elle qui est la plus instructive pour le présent. À l’automne 1995, à la suite d’une rocade au Conseil fédéral, Ogi dut reprendre le Département militaire, parce que les partis bourgeois ne voulaient pas d’un socialiste comme ministre de la défense; on parla, comme le relevait swissinfo, d’une «relégation en ligue B».16 Sous sa direction, la Suisse adhéra en 1996 au Partenariat pour la paix, un programme de coopération de l’OTAN destiné aux États qui n’en sont pas membres; en 1998, le département fut élargi pour devenir le Département de la défense, de la protection de la population et des sports, le DDPS, comme il s’appelle aujourd’hui; et en 1999, Ogi joua un rôle déterminant dans la décision du Conseil fédéral de renforcer la force internationale au Kosovo par un contingent suisse, la Swisscoy.12 Le Dictionnaire historique de la Suisse conclut que, par sa politique de défense visant la sécurité au moyen de la coopération internationale, il a également contribué «à surmonter la crise de sens de l’armée après la fin de la guerre froide».12 Point n’est besoin de partager cette politique pour reconnaître le mérite: un homme reprend un département considéré comme une voie de garage et en laisse un doté d’une nouvelle mission. C’est le même département pour lequel l’UDC exige aujourd’hui expressément la capacité de conduite; la section VI y reviendra.

La probité exige de présenter l’autre plateau de la balance, et celui-ci étaye la thèse plus encore. Ogi a aussi perdu: en 1990 la votation sur le moratoire nucléaire, accepté contre la recommandation du Conseil fédéral; en 1992 celle sur l’adhésion à l’EEE - pour lui, comme l’écrivait swissinfo, un «jour noir» - ; en 1994 celle sur l’initiative des Alpes, elle aussi acceptée contre la recommandation du Conseil fédéral.12,16 La bourgeoisie cultivée souriait de son pathos, son «Freude herrscht» («La joie règne») devint proverbial, sa leçon de cuisson des œufs une anecdote. Mais que l’on observe la structure de ses défaites: c’étaient des défaites sur le fond, celles d’un homme au travail, subies en rase campagne et reconnues ouvertement — non des ratés de mise en scène d’un homme de marketing, qu’il aurait fallu faire oublier à force de communication. À septante-sept ans encore, il appelait son échec par son nom: l’extension du réseau des routes nationales. «On y travaille encore aujourd’hui.»11 D’où lui vient cette sérénité, il l’a également révélé: dans le sport, on apprend «à gagner ou à perdre sans que le monde s’écroule pour autant».14 Qui sait nommer ses défaites dispose de ce que Kruger et Dunning refusent aux incompétents: la métacognition, la capacité de voir sa propre insuffisance. Le cas d’Ogi montre ainsi deux choses. Premièrement, et cela, il le prouve: ce n’est pas le diplôme manquant qui pose problème. Deuxièmement, et cela, il le rend plausible: la variable décisive est la manière de gérer sa propre lacune — on peut la combler par le travail ou la masquer par la mise en scène. Pour la seconde variante, le présent offre une illustration qui soutient la comparaison avec Ogi dans presque toutes les conditions de départ: formation commerciale au lieu d’études universitaires, carrière dans le marketing, ascension par le même parti, reprise d’un département spécialisé sans formation dans le domaine. Le point de départ est le même. Seul diffère ce que chacun en a fait.

IV. Le contre-exemple: Natalie Rickli à la Direction de la santé depuis 2019

Natalie Rickli, née en 1976, a suivi un apprentissage d’employée de commerce et a travaillé de 2005 à 2017 dans diverses fonctions chez Goldbach Group à Küsnacht, une régie qui commercialise du temps publicitaire dans les médias électroniques, dont huit ans comme Partner Relation Manager; elle s’est ensuite mise à son compte comme conseillère en communication.17 De 2007 à 2019, elle a siégé au Conseil national pour l’UDC, profilée en politique des médias et, comme l’écrivait la WOZ, l’une des figures les plus percutantes de son parti dans les médias.18 En 2019, elle a repris la Direction de la santé du canton de Zurich — planification hospitalière, sécurité de l’approvisionnement, surveillance de l’un des plus grands hôpitaux universitaires du pays, le domaine politique le plus complexe du canton le plus peuplé. En 2023, elle a été réélue pour la législature qui s’achève en 2027.

Depuis que le conseiller fédéral Guy Parmelin a annoncé sa démission début octobre 2026, le nom de Natalie Rickli figure parmi ceux qui circulent pour lui succéder. La radio-télévision alémanique SRF la comptait le 2 octobre parmi les candidats possibles; elle passerait «depuis des années pour avoir l’étoffe d’une conseillère fédérale» et disposerait «d’une expérience de l’exécutif».19 À l’heure du bouclage, la question de sa candidature reste ouverte. Le lecteur se souviendra du début de ce texte: «Capax imperii», capable de régner, Galba l’était lui aussi de l’avis de tous. Chez Tacite suit une subordonnée; dans le cas présent, rien n’est encore décidé à son sujet.

Ce qui est remarquable, c’est l’aune à laquelle son propre parti entend mesurer la succession. L’UDC a fixé son critère par écrit le 2 octobre 2026: «Les départements qui connaissent les plus grands problèmes d’avenir et le plus grand déficit de conduite sont le Département fédéral de justice et police DFJP et le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports DDPS. Comme c’est vraisemblablement l’un de ces deux départements qui pourrait se libérer et échoir à la nouvelle personne désignée par l’UDC, l’UDC accordera, pour la succession, une attention particulière à la capacité d’assumer la responsabilité de conduite du DFJP et du DDPS.»20 Précision pour les lecteurs hors de Suisse: c’est le Conseil fédéral lui-même qui décide, après l’élection, du département que reprend un nouveau membre; l’UDC s’attend à ce qu’il puisse s’agir de l’un des deux départements cités. Qu’on relise la phrase, car elle contient plus qu’elle ne dit au premier abord. Le parti diagnostique dans deux départements un «déficit de conduite» et exige comme remède la capacité d’assumer la responsabilité de conduite. C’est précisément la capacité que la campagne électorale, selon la section II, n’examine pas et qu’Ogi, selon la section III, a démontrée. Pour tout ce qui suit, un point est décisif: le critère ne vient pas de cette revue. Il vient du parti auquel appartient la directrice de la santé. Ce texte se borne à l’appliquer.

Il faut relever ce qu’il fallait déjà relever chez Ogi: rien, dans ce parcours, ne constitue un reproche. Le système de milice ne connaît pas d’obligation de diplôme, et l’ancien élève d’école de commerce venu de Kandersteg a prouvé qu’on peut s’en passer. La seule question est de savoir comment la titulaire de la fonction a géré l’écart entre le profil d’exigences et le profil de formation — et, à l’aune du critère de son parti, si l’exercice de sa charge montre la capacité d’assumer la responsabilité de conduite. On peut répondre à cette question à partir d’événements documentés, sans sonder les reins et les cœurs. Quatre groupes de constats, chacun avec ce que les sources retiennent à charge et ce qu’elles retiennent à décharge.

Premier groupe de constats: la fuite des compétences.

En avril 2025, la WOZ a documenté l’état de la Direction après des entretiens avec d’anciens et d’actuels collaborateurs ainsi qu’avec des tiers.18 Était alors en fonction, en la personne de Labinot Demaj, le quatrième secrétaire général depuis l’entrée en fonction de Natalie Rickli — un homme venu de l’informatique, au service du canton depuis quelques mois seulement lorsqu’il a été nommé, de manière inattendue, au poste le plus important de la Direction. Dans une direction cantonale suisse, le secrétaire général est le chef administratif suprême; il dirige l’état-major de la cheffe et assure la liaison entre elle et les offices. Le prédécesseur de Demaj, Daniel Roth, est passé à l’Office fédéral de l’environnement après moins d’un an. Le chef des finances est parti. Peter Indra, chef de l’Office de la santé et l’un des meilleurs connaisseurs du paysage sanitaire suisse, a quitté la Direction peu avant d’atteindre l’âge de la retraite; l’enquête de la WOZ n’en donne pas les raisons. Selon cette enquête, la liste des départs de titulaires de postes clés est longue; des interlocuteurs de la WOZ décrivent un style de management marqué par «microgestion, besoin compulsif de contrôle, pilotage excessif chronique, manque de respect»; un jugement souvent entendu serait que les nombreux changements de personnel sont dus avant tout au style de management de Natalie Rickli.18

Par souci d’exhaustivité, car un constat solide intègre aussi les éléments à décharge: selon les indications de la Direction elle-même, son taux global de rotation du personnel se situait autour de quatorze pour cent en 2022 et 2023, mais il est récemment tombé sous les neuf pour cent, donc en dessous de la moyenne pluriannuelle. La Direction explique les nombreux changements de personnel par les séquelles de la pandémie, après laquelle il y aurait eu «pas mal de retard à rattraper», et par des réorganisations qui «n’ont pas plu à tout le monde»; elle rejette la critique de sa gestion comme l’avis d’interlocuteurs non représentatifs et mus par leurs propres intérêts.18 Tout cela fait partie du tableau. Seulement, les réorganisations sont elles-mêmes des décisions de conduite, et un taux de rotation global normalisé n’explique pas pourquoi ce sont précisément les postes au sommet — là où siège la mémoire institutionnelle, c’est-à-dire le savoir sur les raisons pour lesquelles les choses sont réglées comme elles le sont — qui ont dû être repourvus si souvent que la Direction a compté quatre secrétaires généraux en un peu moins de six ans. La statistique du personnel est une moyenne; la compétence ne l’est pas. À l’aune du critère de l’UDC, ce constat est le premier et peut-être le plus important. Le parti n’exige pas la responsabilité de conduite - chacun la reçoit avec la fonction - , mais «la capacité d’assumer la responsabilité de conduite»: l’aptitude à diriger un département comme sa matière l’exige. Cette aptitude ne se manifeste pas en conférence de presse, mais dans le fait que des professionnels expérimentés veulent ou non rester sous une direction donnée. Ce sont des électeurs d’un genre particulier: ils examinent chaque jour de près l’exercice d’une charge — et ils votent avec leurs pieds.

Deuxième groupe de constats: le cycle de la provocation.

Quelques jours seulement après que la Direction avait dû annoncer le départ de l’éphémère secrétaire général Roth - un départ qui avait fait du bruit à l’interne - , Natalie Rickli a suggéré dans la «SonntagsZeitung» d’envisager même la suppression de l’assurance-maladie obligatoire.18,21 La proposition ne portait pas sur un détail quelconque, mais sur l’architecture fondamentale du système de santé suisse depuis 1994 — le cœur de son propre domaine politique. Tous les grands médias en ont parlé, le PS a récolté des signatures pour une lettre ouverte, la machine à indignation a tourné à plein régime. Ensuite: rien. De la proposition, comme le relevait la WOZ en avril 2025, on n’avait plus entendu parler.18 La Direction conteste tout lien avec le départ de Roth; la demande d’interview serait venue du journal.18 C’est possible. Seulement, le schéma s’est répété. En juillet 2025, Natalie Rickli a demandé à la Confédération d’examiner une interdiction des opérations de réassignation sexuelle chez les mineurs, «afin que nous puissions poursuivre le débat»; dans le canton, dix-huit interventions de ce type avaient été pratiquées au cours des deux années précédentes sur des jeunes de seize à dix-huit ans. Une enquête ordonnée par sa Direction sur des reproches visant la pédopsychiatrie n’avait déjà, un an plus tôt, révélé aucune défaillance systématique; la Direction avait néanmoins créé ensuite un centre de compétences.22 Savoir si la revendication était fondée sur le fond n’est pas à trancher ici; le titre, en tout cas, était parfait, l’UDC zurichoise jubilait, et les problèmes de la Direction de la santé sont passés à l’arrière-plan le temps d’un cycle d’actualité.22 Une fois, c’est une interview. Deux fois, c’est une méthode: la proposition maximale, qui n’est suivie - à la connaissance du public - d’aucune autre démarche, est l’outil d’une politique qui gère l’attention plutôt que les dossiers. C’est — que le lecteur savoure l’ironie — exactement la compétence clé de la régie publicitaire et du conseil en communication, d’où vient la directrice de la santé: placer des messages de manière à obtenir un effet maximal. La question n’a jamais été de savoir si Natalie Rickli possède cette compétence. La question était de savoir si la seconde, celle qu’exige un département, suivait le rythme.

Il vaut la peine, à ce stade, de jeter un œil au plus ancien manuel de gestion de l’image que possède la littérature européenne. Il est l’œuvre d’un jésuite aragonais, a paru en 1647 et s’intitule «Oráculo manual». Baltasar Gracián consacre au sujet l’aphorisme 130, «Hacer y hacer parecer» — faire et faire paraître: les choses ne passent point pour ce qu’elles sont, mais pour ce qu’elles paraissent. Ce qui ne se voit point est comme s’il n’était point.23

Que l’on observe l’ordre des deux verbes, car toute la morale de Gracián s’y trouve: d’abord faire, ensuite montrer. Il écrit pour l’homme avisé, qui doit aussi rendre son savoir-faire visible parce que le monde, qu’on le veuille ou non, juge sur les apparences. L’application moderne a fait l’économie de la première moitié de la consigne et ne travaille plus qu’avec la seconde — et ce qui étonne, c’est à quel point celle-ci fonctionne bien à elle seule. Une proposition que personne ne poursuit produit les mêmes gros titres qu’une proposition que l’on met en œuvre, et donne nettement moins de travail.

Troisième groupe de constats: la planification hospitalière devant le tribunal.

Ce constat requiert quelques connaissances préalables, car le système de santé suisse n’est pas, pour les non-initiés, un terrain qui s’explique de lui-même. Chaque canton tient une liste hospitalière. Seul un hôpital qui y figure peut facturer ses traitements à la charge de l’assurance obligatoire des soins et du canton; un hôpital radié perd ainsi pour l’essentiel tous les patients qui n’ont que l’assurance de base. Pour une clinique dont les patients n’ont majoritairement pas d’assurance complémentaire, la radiation équivaut économiquement presque à une fermeture. Établir la liste hospitalière est donc la tâche de planification la plus lourde de conséquences d’une direction cantonale de la santé — et une tâche pour laquelle le droit fédéral, selon la jurisprudence, exige une procédure en bonne et due forme: les exigences à l’aune desquelles les hôpitaux sont mesurés doivent être clairement fixées et communiquées à l’avance.

En août 2022, le Conseil d’État a adopté la liste hospitalière pour les années à partir de 2023. La clinique Adus à Dielsdorf, un hôpital orthopédique de l’Unterland zurichois, n’y a plus obtenu aucun mandat de prestations; elle a été, comme l’écrivait l’agence Keystone-ATS, radiée de la liste.24,25 La Direction de la santé la jugeait «non pertinente pour l’approvisionnement en soins».26 La justification avancée était qu’il s’agissait d’une clinique purement élective - qui ne pratique que des interventions planifiables, pas d’urgences - dont l’offre de prestations sélective ne jouait aucun rôle pertinent pour l’approvisionnement en soins.25 À cela s’ajoutait le reproche d’«écrémage»: la clinique se concentrerait trop sur des interventions lucratives.27 La clinique elle-même se présente comme l’hôpital le moins coûteux du canton; nonante pour cent de ses patients ne seraient assurés qu’en division commune, n’ayant donc pas d’assurance complémentaire pour la division privée ou demi-privée.25 Qui a raison sur ce point, aucun tribunal n’a eu à le trancher. Formellement, c’est le Conseil d’État in corpore qui a décidé; la planification a été préparée et défendue publiquement par la Direction de la santé.

La clinique s’est défendue, et le Tribunal administratif fédéral lui a donné raison par arrêt du 23 juillet 2025; la décision a été connue fin août.24,26 Qui lit les considérants n’y trouve pas de querelle sur la crème, mais un constat sur la procédure, que l’on peut résumer en quatre points. Premièrement, selon le tribunal, le canton n’avait pas «fixé et communiqué clairement à l’avance les exigences concrètes relatives aux mandats de prestations à attribuer en l’espèce». Deuxièmement, les critères qu’il a finalement appliqués étaient «remarquablement indéterminés et vagues». Troisièmement, il s’était fondé sur des nombres de cas qui ne recensaient pas les traitements de la population zurichoise, mais toutes les sorties des hôpitaux zurichois, quel que soit le domicile des patients; il n’était donc «pas compréhensible sur le plan méthodologique» pourquoi il s’était fondé sur ces chiffres. Quatrièmement, ce n’est que dans sa prise de position devant le tribunal qu’il avait avancé l’argument selon lequel les grands hôpitaux offrent un éventail médical plus large, «et donc tardivement».24 La presse spécialisée a résumé: «des défauts méthodologiques concernant les nombres de cas ainsi qu’un manque de transparence dans les critères», une décision qui ne satisfaisait «pas aux exigences du droit fédéral en matière de procédure de planification hospitalière».26 La NZZ a titré: «Schlappe für Natalie Rickli: Spitalschliessung im Kanton Zürich war unrechtmässig» («Revers pour Natalie Rickli: la fermeture d’un hôpital dans le canton de Zurich était illégale»).28 En septembre 2026, on a appris que la clinique figurera à nouveau sur la liste hospitalière à partir de janvier 2027, avec un mandat de prestations en orthopédie, «à titre définitif et pour une durée indéterminée».25,27

Point n’est besoin d’être juriste pour comprendre le cœur de cet arrêt; il suffit d’avoir passé un examen une fois dans sa vie. Un examen dont l’étalon n’est pas connu des candidats à l’avance, dont les critères sont formulés de manière si ouverte qu’ils peuvent justifier presque n’importe quel résultat, et dont la motivation n’est en partie fournie qu’en procédure de recours, n’est pas un examen sur lequel on peut compter — peu importe que son résultat se trouve être juste dans un cas particulier. Et qui mesure les besoins en pain d’un village aux ventes de sa boulangerie compte aussi les gens de passage et prend le résultat pour les besoins des habitants. Ce sont précisément ces défauts que le tribunal consigne en langage juridique. Il n’a pas examiné si le résultat était fixé d’avance, et ce texte ne le prétend pas; le constat pèse assez lourd sans cette insinuation. Que l’on remarque la parenté avec la section II. Il y était question d’une procédure électorale qui ne mesure pas ce qu’elle prétend mesurer. Il est ici question d’une procédure de planification dont un tribunal a constaté la même chose. Et qui ne remarque pas les défauts d’une procédure de mesure avant de l’appliquer, mais seulement lorsqu’un tribunal les lui met sous les yeux, fournit un cas d’école de la double malédiction de l’incompétence de la section I: le même soin qui aurait produit une planification rigoureuse aurait été nécessaire pour reconnaître comme peu rigoureuse une planification qui manquait de rigueur.

Ici aussi, les éléments à décharge font partie du tableau, car il en existe. Dans le même cycle de planification, le canton a gagné en novembre 2025 un autre procès: le canton de Thurgovie avait recouru contre la liste de réadaptation; le Tribunal administratif fédéral n’est pas entré en matière, parce qu’il a dénié au canton voisin un intérêt digne de protection à se battre pour le taux d’occupation de ses propres cliniques.29 Cette victoire ne dit toutefois rien de la méthode de la planification zurichoise, car celle-ci n’a pas été examinée à cette occasion. L’équité commande aussi de relever que le canton a mis en œuvre l’arrêt Adus. La correction est donc possible. Dans ce cas, elle est intervenue après qu’un tribunal en avait fixé le prix — et ce n’est pas une autocorrection, mais une correction imposée de l’extérieur. La section V montrera pourquoi un tel système n’en connaît guère d’autre.

Quatrième groupe de constats: la critique comme attaque.

La chirurgie cardiaque de l’Hôpital universitaire est l’affaire que le public associe le plus fortement à la directrice de la santé — et en même temps celle où le dossier la décharge le plus nettement. Entre 2016 et 2020, la clinique de chirurgie cardiaque de l’USZ a enregistré un nombre de décès de patients supérieur à la moyenne; au centre des reportages se trouvait un implant controversé que le directeur de la clinique de l’époque avait contribué à développer.18,30 En mai 2026, une commission d’enquête indépendante instituée par le conseil de l’hôpital et présidée par l’ancien juge fédéral Niklaus Oberholzer a présenté son rapport. Sur la base de 4500 opérations, elle a établi une surmortalité statistiquement avérée de 68 à 74 décès et jugé inappropriée, dans 13 cas, l’utilisation de dispositifs médicaux innovants.31 Surmortalité signifie que ce nombre de patients est décédé en plus de ce qu’auraient laissé attendre les risques d’interventions comparables. L’hôpital a résumé le rapport ainsi: le conseil de l’hôpital de l’époque, l’organe dirigeant suprême de l’hôpital, «a sous-estimé la portée et n’a pas suffisamment poursuivi les manquements constatés». La Direction de la santé, en revanche, avait, «selon le rapport d’enquête, posé à plusieurs reprises la question de la sécurité des patients et signalé tôt les divers dysfonctionnements et lacunes de conduite».31

Natalie Rickli a elle-même déclaré après la publication: «J’ai été informée fin janvier 2020 des événements et incidents en cours à la clinique de chirurgie cardiaque. Nous avons réagi immédiatement, posé des questions à la direction de l’hôpital, respectivement au conseil de l’hôpital, et exigé des documents.» Et: «Ce qui me manquait à l’époque, c’étaient les moyens légaux d’ordonner moi-même une enquête administrative.»32 Ces deux déclarations concordent avec la chronologie telle que la NZZ l’a reconstituée: lorsque les premiers signalements lui sont parvenus, Natalie Rickli n’était en fonction que depuis un peu moins de neuf mois; lors de la passation de pouvoirs, personne ne lui avait parlé de la mortalité frappante; elle a appris l’existence de problèmes fin janvier 2020 par le signalement interne d’un lanceur d’alerte — juste avant que la pandémie, selon le constat ultérieur du gouvernement cantonal, ne submerge sa Direction.30 Elle a ensuite exigé des informations du conseil de l’hôpital à un rythme accru, a obtenu que l’enquête interne de l’hôpital soit complétée par les questions du lanceur d’alerte et a commandé un rapport sur la gouvernance qui a déclenché des réformes.30 Lorsque, début 2021, une enquête externe mandatée par l’hôpital a conclu qu’aucun patient n’avait été mis en danger et que rien ne relevait du droit pénal, la Direction n’a vu, selon ses propres dires, aucune raison d’en douter.30 L’instrument d’une enquête administrative propre - une enquête que l’autorité de surveillance ordonne elle-même au lieu de la laisser à l’hôpital - ne sera à sa disposition, en vertu d’une décision du Conseil d’État, qu’à partir de 2027.30 Savoir si davantage aurait été possible dans ces circonstances est controversé; la NZZ a posé la question et rassemblé les arguments des deux camps.30

C’est là que réside l’ironie de ce bilan. Dans l’affaire pour laquelle la directrice de la santé a été le plus violemment attaquée, une commission d’enquête présidée par un ancien juge fédéral a attesté que sa Direction avait posé tôt les bonnes questions. Qui veut lui imputer les décès de la chirurgie cardiaque ne trouve aucun appui dans ce rapport, et ce texte ne le fait pas. Ce qui est documenté, en revanche, est autre chose: la manière dont la Direction a réagi à la couverture médiatique.

Lorsque le «SonntagsBlick» a écrit au sujet d’un rapport de lanceur d’alerte qui serait resté en souffrance chez Natalie Rickli, un droit de réponse a été, selon la WOZ, envoyé «aussitôt».18 Le droit de réponse est le droit, prévu par la loi, d’opposer sa propre version à une présentation des faits parue dans un média; il est légitime. Lorsque le journaliste financier Lukas Hässig a rendu compte fin avril 2024, sur son portail «Inside Paradeplatz», des décès et de la question de savoir quand Natalie Rickli avait été informée, celle-ci et le canton de Zurich ont déposé le 14 novembre 2024 - après l’échec de la conciliation - une action pour atteinte à la personnalité devant le tribunal de district, assortie de l’exigence que le journaliste verse 10’000 francs à titre de réparation du tort moral à l’organisation Reporters sans frontières.33-35 Ici aussi, l’autre plateau de la balance: l’article de Hässig contenait une erreur qu’il a lui-même reconnue — il indiquait 2021 comme date à laquelle Natalie Rickli aurait reçu les chiffres de mortalité de la clinique; la date exacte est mars 2022.33,35 Une conseillère d’État a le droit de se défendre contre de fausses allégations de fait; c’est son droit le plus strict. À l’été 2025, la procédure s’est achevée par un accord: «Inside Paradeplatz» a publié une mise au point; selon Hässig, Natalie Rickli a renoncé à l’indemnité pour tort moral et pris en charge les frais judiciaires.34 Que l’indemnité ait dû, à l’origine, revenir précisément à une organisation qui défend la liberté de la presse dans le monde entier reste une chute qu’on n’aurait pas besoin d’inventer. Et pendant que la WOZ travaillait à son enquête sur la Direction, on aurait, selon l’hebdomadaire, recherché «intensivement» en coulisses les personnes qui avaient renseigné le journal.18 Si cela devait se vérifier, ce ne serait pas l’usage le plus productif des ressources administratives.

Chacune de ces réactions peut être admissible prise isolément, et dans le cas Hässig, l’objection était justifiée sur un point. Ce qui est révélateur, ce n’est pas la réaction isolée, mais leur orientation commune. Le droit de réponse et l’action en justice demandent si l’image qu’un article donne de la cheffe de la Direction est juste; la recherche des informateurs dont fait état la WOZ ne demande même pas cela, mais seulement qui a parlé. Aucune des trois réactions ne demande ce qu’un article dit de l’institution. Qui traite la critique comme une information examine d’abord le fond. Qui la traite comme une attaque examine d’abord sa propre image, puis la provenance — et un examen de la provenance trouve plus volontiers un suspect qu’une erreur. Cela ne contredit pas le constat de la commission d’enquête; cela le complète. Face à l’hôpital, la Direction posait les bonnes questions. Face à la presse, elle en posait d’autres. C’est l’issue décrite à la section I, retournée en son contraire: la remarque venue de l’extérieur, repoussée au lieu d’être prise en compte.

Les Romains par lesquels ce texte a commencé auraient demandé à ce stade: Cui bono — à qui cela profite-t-il? La réponse paraît paradoxale et est pourtant imparable: la critique profite avant tout à celui qui est critiqué — à condition qu’il la lise. Elle lui apporte ce que sa propre organisation ne lui apporte pas, parce que toute organisation tend à plaire à son sommet. Qui la repousse renonce au contrôle de qualité le moins cher qui soit; il ne coûte même pas d’honoraires. Combien ce renoncement peut coûter cher, Plutarque l’a rapporté. Lorsque le premier messager annonça au roi d’Arménie Tigrane que l’armée romaine de Lucullus approchait, le roi lui fit trancher la tête. Après quoi plus personne ne lui annonça rien; Tigrane n’écoutait plus que ceux qui le flattaient et restait dans l’ignorance, tandis qu’autour de lui la guerre faisait déjà rage.36 Les méthodes se sont adoucies depuis, le mécanisme est resté le même: qui punit le messager ne supprime pas la mauvaise nouvelle, mais le prochain messager. À l’aune du critère de l’UDC, cela signifie: la capacité de conduite se mesure aussi à la question de savoir si quelqu’un sait lire un message désagréable avant d’en chercher le messager — et si, sous sa direction, le prochain messager trouve encore le courage de se manifester.

V. La logique du système: pourquoi rien ne se corrige de soi-même

Avant la synthèse des quatre groupes de constats, un aveu s’impose, celui que Robert Musil plaça en 1937, à Vienne, au début de sa conférence «De la bêtise» («Über die Dummheit»): qui parle de la bêtise doit présupposer qu’il n’est pas bête lui-même, et affiche ainsi qu’il se tient pour intelligent — ce qui passe généralement pour un signe de bêtise.37 L’objection est fondée, et l’on renonce expressément ici à la réfuter; elle vaut aussi pour ce texte et pour son auteur.

Musil distingue ensuite la bêtise honnête, qui est simplement lente, d’une seconde sorte, qu’il appelle la bêtise supérieure ou prétentieuse et qu’il désigne comme la véritable maladie de la culture — la maladie la plus dangereuse de l’esprit. Ce qu’il entend par là n’est pas en premier lieu un manque d’intelligence, mais une culture qui a mal poussé: une disproportion entre ce que quelqu’un sait et ce sur quoi il se prononce. Dans la langue de 1937, c’est la double malédiction de l’incompétence de la section I. De cette bêtise supérieure, il écrit la phrase qui explique les quatre groupes de constats mieux que n’importe quelle analyse organisationnelle: il n’existe absolument aucune idée importante que la bêtise ne sache appliquer; elle est mobile en tous sens et peut revêtir tous les habits de la vérité — la vérité, elle, n’a jamais qu’un seul habit et un seul chemin, et se trouve toujours désavantagée.37

C’est précisément l’asymétrie qui amène une Direction dans cet état. Le travail correct sur les dossiers n’a qu’une seule forme: la bonne. La communication en a d’innombrables et peut les habiller toutes en politique de fond — en courage réformateur, en souci de la jeunesse, en protection de l’institution contre une information erronée. L’historien italien de l’économie Carlo M. Cipolla a formulé une règle de comportement apparentée, plus désagréable encore: la personne stupide est plus dangereuse que le bandit, car le bandit suit une incitation compréhensible et reste donc prévisible, alors que la personne stupide cause des dommages sans en retirer elle-même le moindre avantage.38 Les administrations connaissent ce constat par la pratique: contre l’intérêt personnel, il existe des contrôles; contre la conviction sincère, aucun. «Il n’y a rien de plus effrayant qu’une ignorance agissante», écrivait Goethe.39

Quatre groupes de constats, un seul schéma. La fuite des compétences, le cycle de la provocation, la planification hospitalière sans critère fixé au préalable et la manière de traiter la critique ne sont pas quatre problèmes, mais quatre manifestations du même problème — elles correspondent exactement aux compensations que la section II a déduites de la double malédiction. Qui ne pilote pas un dossier au niveau où se joue le fond pilote ce qui reste pilotable: la perception. Là où un style de management tel que le décrivent les interlocuteurs de la WOZ laisse peu de place à la contradiction des spécialistes, les gens expérimentés s’en vont — et avec eux précisément ceux qui seraient le correctif. Qui ne fixe pas à l’avance les critères d’une planification mesure avec une aune qui ne naît qu’au moment de mesurer — et apprend du tribunal ce que sa propre maison aurait dû lui dire. Qui n’exploite pas la critique comme une information la traite comme une attaque: par un droit de réponse, une action en justice et, selon la WOZ, une chasse aux informateurs. Aucun de ces constats n’exige de sonder les reins et les cœurs; ils décrivent l’exercice documenté d’une charge, dont la logique découle de la structure. C’est la différence entre une analyse du comportement et un diagnostic à distance — et en même temps la raison pour laquelle le constat est si implacable: une faiblesse de caractère pourrait être corrigée. Une structure qui empêche sa propre correction ne peut pas l’être de l’intérieur.

L’historienne Barbara Tuchman a décrit ce schéma comme une obstination bornée: le fait de juger une situation d’après des idées préconçues et figées, en passant outre à tous les signes contraires. Pour conclure à la déraison, elle exige entre autres deux preuves — que l’action ait déjà été reconnue comme nuisible en son temps et qu’une autre voie ait été praticable.40 Les deux sont réunies ici: la critique portant sur ces quatre épisodes est datée et publiée, dans un cas même sous la forme d’un arrêt, et l’autre voie consistait chaque fois à faire ce qui allait de soi — retenir les cadres expérimentés, donner suite à la proposition, fixer le critère avant l’examen, examiner la critique au lieu de s’interroger sur sa provenance. Quant à son troisième critère, une politique portée par tout un groupe et qui survit à un seul mandat, ce texte ne prétend pas qu’il soit rempli; il décrit l’exercice d’une charge, non une époque.

Car c’est ici que la boucle se referme avec Kruger et Dunning. Un tel système ne peut guère se corriger de l’intérieur — selon la logique de la double malédiction, le défaut s’occulte lui-même, et avec la fuite des cadres sont partis ceux qui auraient pu le signaler. Les corrections viennent donc en règle générale de l’extérieur, et, comme le montre la planification hospitalière, elles arrivent alors avec un numéro de dossier. Or la seule instance extérieure qui décide de l’attribution de la fonction elle-même, et qui n’a pas besoin d’être saisie pour cela, n’a exigé aucune correction: en 2023, la titulaire a été réélue. Une partie des événements documentés ici appartenait alors encore à l’avenir. C’est vrai, mais cela ne décharge que les électeurs, non la procédure: même une élection en pleine connaissance des quatre groupes de constats n’aurait mesuré que ce que mesurent les élections. La procédure qui avait produit le casting l’a confirmé — et le télécrochet livre ainsi sa dernière chute: il note le spectacle, et le spectacle était impeccable.

On pourra donc dire bien des choses des électeurs zurichois, sauf qu’ils ont été trompés. Ils ont eux-mêmes choisi leur directrice de la santé à deux reprises, au scrutin libre et secret, la seconde fois après quatre années pendant lesquelles ils avaient pu la voir à l’œuvre. Le métier dont vient l’élue appelle cela la fidélisation de la clientèle. La pitié serait ici déplacée, car elle supposerait que les électeurs ne savaient pas ce qu’ils faisaient — et ce serait là la véritable offense. Ils paient néanmoins, comme contribuables, comme payeurs de primes et, le cas échéant, comme patients, et ce trois fois: par les coûts de rotation d’une administration dont les postes au sommet ne trouvent pas de stabilité; par les coûts d’opportunité de la politique de fond, qui passe au second plan derrière les gros titres, c’est-à-dire par la valeur de ce qui aurait pu être accompli dans le même temps; et par les coûts d’une décision de planification que seul un tribunal a remise en ordre. Le public a choisi l’émission. Il s’est ainsi abonné à la facture. En 2027, il pourra décider à nouveau — à moins que l’Assemblée fédérale ne prenne la décision à sa place en décembre.

Car la prochaine saison est peut-être déjà programmée, cette fois sur la scène fédérale. La différence est d’ordre procédural, mais elle décide de tout: cette fois, ce n’est pas un public qui est assis dans la salle, mais un jury.

VI. L’examen qui reste

Que s’ensuit-il? Pas l’appel à des profils d’exigences pour les fonctions électives — il serait aussi illibéral qu’inefficace, et Adolf Ogi est la preuve vivante que les diplômes sont le mauvais critère. L’ancien élève d’école de commerce et l’employée de commerce venue de la régie publicitaire sont partis de la même ligne: sans études universitaires, sans formation dans le domaine, sans aucune preuve d’aptitude à la fonction qu’ils reprenaient. Le premier a fait d’une aptitude non prouvée une aptitude prouvée, en travaillant, en écoutant et en reconnaissant ses défaites. L’exercice de la charge par la seconde illustre, dans les quatre groupes de constats documentés, l’autre cas de figure. La différence n’a jamais été le certificat. La différence réside dans la manière de gérer sa propre lacune — et derrière cette manière se tient, si Kruger et Dunning ont raison, cette métacognition qu’on ne peut ni élire, ni déléguer, ni commercialiser.

Et pourtant, il existe un endroit où une élection gouvernementale peut examiner, et il sera lui-même mis à l’épreuve dans les semaines à venir. Des vingt-sept gouvernements de Suisse, vingt-six cantonaux et un fédéral, un seul n’est pas élu par le peuple: le Conseil fédéral. Il est élu par l’Assemblée fédérale (Chambres réunies), c’est-à-dire par les 246 membres du Conseil national et du Conseil des États siégeant ensemble, dont beaucoup connaissent les candidats depuis des années par les commissions, les séances de groupe et les débats parlementaires. Les groupes parlementaires auditionnent les candidats avant de les désigner; l’exercice des charges des membres des gouvernements cantonaux est documenté et accessible au public; et qui vote connaît les dossiers ou peut les connaître. Ce n’est pas un télécrochet, mais une commission d’examen — du moins lorsqu’elle se comporte comme telle.

Le peuple suisse a d’ailleurs expressément voulu cette répartition des tâches. Le 9 juin 2013, il a rejeté, par plus des trois quarts des voix et dans tous les cantons, une initiative populaire issue des rangs de l’UDC qui voulait faire élire le Conseil fédéral par le peuple.41 On peut y voir, sans offenser les citoyens, une forme de métacognition collective: un souverain qui sait qu’il ne peut pas examiner les candidats au gouvernement du pays laisse l’examen à ceux qui le peuvent. C’est le discernement que Machiavel prêtait à la deuxième sorte d’esprits — celle qui comprend ce que d’autres lui montrent. Et que le même parti qui voulait en 2013 faire du peuple le corps électoral fournisse en 2026 à l’Assemblée fédérale un critère d’examen n’est pas la moins réjouissante des ironies de cette histoire.

Le calendrier est fixé. Jusqu’au 23 octobre à 12 heures, les sections cantonales de l’UDC annoncent leurs candidats; la commission de sélection les auditionne ensuite et soumet sa proposition au comité du groupe parlementaire d’ici au 13 novembre; le groupe désigne vraisemblablement ses candidats le 20 novembre, et le 9 décembre, l’Assemblée fédérale procède à l’élection.20 Il reste ainsi près de sept semaines pour examiner ce qu’aucune campagne électorale n’examine.

Pour cet examen, la pièce de comparaison est prête, et c’est celle-là même à partir de laquelle ce texte a forgé sa thèse. Le département pour lequel l’UDC exige aujourd’hui expressément la capacité de conduite a déjà été repris une fois par un homme sans études universitaires, sur fond de discours sur la «relégation en ligue B»; selon le jugement du Dictionnaire historique, il a contribué à surmonter la crise de sens de l’armée après la fin de la guerre froide.12,16 Le critère n’est donc pas abstrait. Il a un nom et un bilan, et il permet de traduire les quatre groupes de constats de ce texte en quatre questions que chaque groupe parlementaire peut poser à chaque candidat. Les gens expérimentés restent-ils sous votre direction? Donnez-vous suite à vos propositions une fois les caméras parties? Fixez-vous les critères avant d’examiner? Et lisez-vous la critique avant de chercher le critique?

L’Assemblée fédérale devrait connaître deux tentations avant d’y succomber. La première est le principe de Peter de la section II: la tendance à promouvoir celui qui s’est imposé à l’échelon actuel au lieu d’examiner s’il convient pour le suivant. Une réélection n’est pas, en ce sens, une preuve de capacité; qui la lit ainsi confond confirmation et examen, chiffres de vente et capacité de conduite. La seconde tentation, la Curie romaine l’a ramassée en une élégante formule: Promoveatur ut amoveatur — qu’on le promeuve pour s’en débarrasser. Pour cette raison, plus d’un Zurichois pourrait voir une candidature d’un œil discrètement bienveillant. Pour l’Assemblée fédérale, ce serait la pire des maximes, car elle ferait d’une question zurichoise une question fédérale. Les Zurichois ont eux-mêmes élu leur directrice de la santé, deux fois; c’était leur droit le plus strict, et cela reste leur affaire. L’Assemblée fédérale a l’avantage de ne pas avoir à suivre ce choix — ni au sens de le comprendre, ni au sens de l’imiter.

Et enfin, la planification hospitalière a livré une leçon qui trouve ici sa dernière application: on fixe d’abord le critère, puis on l’applique, et non l’inverse. L’UDC l’a fixé, par écrit et daté: la capacité d’assumer la responsabilité de conduite. Il ne manque plus que l’application. Galba passait, de l’avis de tous, pour capable de régner tant qu’il ne régnait pas; on n’avait examiné que la manière dont il servait, non celle dont il régnerait. Qu’on écrive un jour une telle phrase à propos de la succession de Guy Parmelin, ou la phrase inverse, cela ne se décide pas seulement dans la fonction. Cela se décide dans l’examen qui la précède — et cette fois, il y en a un.

Là où la procédure électorale n’examine pas cette capacité et où l’élu ne la possède pas, il ne reste finalement - hormis lors de l’élection au Conseil fédéral - qu’une seule instance d’examen qui décide de la personne: le public qui pense. Des journalistes qui documentent au lieu d’insinuer — l’enquête de la WOZ et la couverture consacrée à la chirurgie cardiaque et à la planification hospitalière montrent qu’il en existe. Et des citoyens qui lisent, comparent et se souviennent, au lieu de voter pour ce qui brille le plus. C’est astreignant, et c’est précisément là que réside la difficulté: le télécrochet existe parce qu’il dispense le public de cet effort. Qui veut l’abolir doit s’imposer cet effort. Musil termina sa conférence en renvoyant au dernier et au plus important des remèdes contre la bêtise: la modestie.37 Ce n’est pas un exercice d’humilité, mais le versant pratique de la métacognition — savoir où s’arrête son propre jugement et où celui d’un autre est nécessaire. Cela ne s’élit pas, ne se délègue pas et ne se commercialise pas; cela ne s’acquiert que par le chemin que Kruger et Dunning ont trouvé dans leur laboratoire: en apprenant et en se laissant corriger en chemin. Penser par soi-même reste une exigence inconfortable. Il n’y faut l’autorisation de personne, seulement la disposition à assumer soi-même l’effort de penser.

Déclaration d’intérêts: Le fondateur de cette revue est concerné par une procédure administrative pendante menée par la Direction de la santé du canton de Zurich; ce texte s’appuie exclusivement sur les sources répertoriées, accessibles au public.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’effet Dunning-Kruger?

L’observation, décrite en 1999 par Justin Kruger et David Dunning, selon laquelle les moins compétents se surestiment le plus. Kruger et Dunning l’attribuent à un défaut de métacognition: la même capacité qui produit une solution juste est nécessaire pour reconnaître comme fausse sa propre solution erronée. L’incompétence produit donc des erreurs et empêche en même temps de les percevoir.

Pourquoi les élections n’examinent-elles pas la compétence?

La campagne électorale mesure la télégénie, la loyauté partisane, la capacité de polariser et la notoriété — les aptitudes à conquérir une fonction. Elle ne mesure ni la compétence technique, ni la conduite du personnel, ni le jugement, qui sont les aptitudes nécessaires pour exercer une fonction. Le système de milice présupposait jadis cet examen dans les preuves faites avant la politique; là où la carrière elle-même consiste en relations publiques, cet examen disparaît.

Comment un conseiller fédéral est-il élu — et la compétence peut-elle être examinée à cette occasion?

Les membres du Conseil fédéral sont élus par l’Assemblée fédérale (Chambres réunies), c’est-à-dire par les 246 membres du Conseil national et du Conseil des États siégeant ensemble. Les groupes parlementaires auditionnent les candidats avant de les désigner, et de nombreux parlementaires les connaissent par des années de collaboration. L’élection au Conseil fédéral est ainsi la seule élection gouvernementale, au niveau fédéral et cantonal, qui soit effectuée par un organe capable d’examiner la compétence. Le 9 décembre 2026, l’Assemblée fédérale élira la personne qui succédera à Guy Parmelin.

Une fonction gouvernementale exige-t-elle des études universitaires?

Non. Sans études universitaires, Adolf Ogi a mené un département techniquement exigeant à des résultats que l’on peut visiter, parce qu’il a traité sa lacune de compétences comme un travail à accomplir: s’approprier les dossiers, écouter les spécialistes, reconnaître ses défaites. Ce qui est décisif, ce n’est pas le diplôme, mais la manière de gérer sa propre lacune.

Quelles critiques à l’égard de la Direction de la santé zurichoise sont documentées?

Pour la période depuis 2019, des enquêtes journalistiques indépendantes documentent de nombreux départs à des postes clés, un style de management que des interlocuteurs décrivent comme de la microgestion, des propositions spectaculaires qui, pour autant que l’on sache, n’ont été suivies d’aucune autre démarche, ainsi qu’une action en justice contre un journaliste, close par un accord en 2025, dans le contexte du scandale de la chirurgie cardiaque à l’Hôpital universitaire. En 2025, le Tribunal administratif fédéral a jugé que la radiation de la clinique Adus de la liste hospitalière reposait sur des nombres de cas dont l’utilisation n’était pas compréhensible sur le plan méthodologique, et sur des critères indéterminés, non fixés à l’avance. À décharge, le rapport d’enquête sur l’affaire de chirurgie cardiaque retient que la Direction de la santé s’est enquise à plusieurs reprises de la sécurité des patients. La Direction rejette la critique de son style de management; toutes les sources sont répertoriées dans l’article.

Que peut faire le citoyen?

Assumer l’examen que la procédure électorale ne fournit pas: lire, comparer, se souvenir — prendre connaissance de la presse qui documente, au lieu de voter pour ce qui brille le plus. Penser par soi-même reste une exigence inconfortable, mais c’est la seule instance capable de corriger le télécrochet.

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Sources

1 Tacitus, P.C.: Historien. Historiae. Lateinisch-deutsch. Sammlung Tusculum. Mannheim: Artemis & Winkler, 2010. [Texte original, p. 68|70: «maior privato visus dum | privatus fuit, et omnium consensu capax imperii, nisi imperasset.» P. 69|71: «Solange er Privatmann war, schien er mehr zu sein, auch wäre er nach allge|meinem Urteil der rechte Mann zum Herrschen gewesen; es hätte halt nicht soweit kommen dürfen.»]

2 Kruger, J.; Dunning, D.: Unskilled and Unaware of It. How Difficulties in Recognizing One's Own Incompetence Lead to Inflated Self-Assessments. Journal of Personality and Social Psychology, 1999, 77(6), 1121-1134. [Texte original, résumé: «... people who are unskilled in these domains suffer a dual burden: Not only do these people reach erroneous conclusions and make unfortunate choices, but their incompetence robs them of the metacognitive ability to realize it. Across 4 studies, the authors found that participants scoring in the bottom quartile on tests of humor, grammar, and logic grossly overestimated their test performance and ability. Although their test scores put them in the 12th percentile, they estimated themselves to be in the 62nd. ... Paradoxically, improving the skills of participants, and thus increasing their metacognitive competence, helped them recognize the limitations of their abilities.» P. 1121 s.: «incompetent individuals lack what cognitive psychologists variously term metacognition ... In short, the same knowledge that underlies the ability to produce correct judgment is also the knowledge that underlies the ability to recognize correct judgment. To lack the former is to be deficient in the latter.»]

3 Morris, E.: The Anosognosic's Dilemma. Something's Wrong but You'll Never Know What It Is (Part 1). The New York Times (Opinionator), 20.06.2010. [Texte original: «DAVID DUNNING: Well, my specialty is decision-making. How well do people make the decisions they have to make in life? And I became very interested in judgments about the self, simply because, well, people tend to say things, whether it be in everyday life or in the lab, that just couldn’t possibly be true. And I became fascinated with that. Not just that people said these positive things about themselves, but they really, really believed them. Which led to my observation: if you’re incompetent, you can’t know you’re incompetent. — ERROL MORRIS: Why not? — DAVID DUNNING: If you knew it, you’d say, ‘Wait a minute. The decision I just made does not make much sense. I had better go and get some independent advice.’ But when you’re incompetent, the skills you need to produce a right answer are exactly the skills you need to recognize what a right answer is. In logical reasoning, in parenting, in management, problem solving, the skills you use to produce the right answer are exactly the same skills you use to evaluate the answer. And so we went on to see if this could possibly be true in many other areas. And to our astonishment, it was very, very true.»]

4 Gignac, G.E.; Zajenkowski, M.: The Dunning-Kruger effect is (mostly) a statistical artefact: Valid approaches to testing the hypothesis with individual differences data. Intelligence, 2020, 80, 101449.

5 Luchmann, D.: Die falsche Gewissheit der Kranken — Warum kognitive Psychotherapie das Zweifeln lehrt. Psychotherapie. 05.06.2026.

6 Peter, L.J.; Hull, R.: The Peter Principle. Why Things Always Go Wrong. New York: William Morrow, 1969. [Texte original, p. 162: «In a hierarchy, every employee tends to rise to his level of incompetence.»]

7 Benson, A.; Li, D.; Shue, K.: Promotions and the Peter Principle. The Quarterly Journal of Economics, 2019, 134(4), 2085-2134. [Texte original, p. 2131: «we find that firms are substantially more likely to promote top salespeople, even when these workers make worse managers on average and on the margin. This behavior results in firms promoting workers who decrease subordinate performance by 30%, relative to a promotion policy that optimizes match quality.»]

8 Aristote: Politik. Buch IV-VI. Aristoteles Werke in deutscher Übersetzung. Band 9: Politik. Teil III. Berlin: Akademie Verlag, 1996, p. 27. [Livre IV, 1294b, texte original: «λέγω δ᾽ οἷον δοκεῖ δημοκρατικὸν μὲν εἶναι τὸ κληρωτὰς εἶναι τὰς ἀρχάς, τὸ δ᾽ αἱρετὰς ὀλιγαρχικόν.»]

9 Montesquieu, C.-L. de: Esprit des lois. Avec les notes de l’auteur et un choix des observations de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, La Harpe, Servan, etc. Paris: Firmin Didot frères, 1849. [Texte original, p. 11: «Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est de celle de l'aristocratie.»] Première édition: De l’esprit des loix. Genève: Barrillot & fils, 1748.

10 Manin, B.: Kritik der repräsentativen Demokratie. Berlin: Matthes & Seitz, 2007 [première édition française: Principes du gouvernement représentatif. Paris: Calmann-Lévy, 1995].

11 Ade, V.: Was macht eigentlich … Adolf Ogi. Finanz und Wirtschaft, 06.12.2019.

12 Hättenschwiler, D.: Ogi, Adolf. Historisches Lexikon der Schweiz. Version du 11.03.2022.

13 Le Conseil fédéral: Adolf Ogi (Membres du Conseil fédéral).

14 KFMV: Die Laufbahn eines Bundesrats. Kaufmännischer Verband Schweiz. 01.06.2018, mis à jour le 15.01.2022.

15 Machiavelli, N.: Il Principe. Florence: Felice le Monnier, 1857. [Texte original, p. 69: «E perchè sono di tre generazioni cervelli; l’ uno intende per sè, l’ altro intende quanto da altri gli è mostro, il terzo non intende nè per sè stesso nè per dimostrazione d’ altri : quel primo è eccellentissimo, il secondo eccellente, il terzo inutile».]

16 Bossart, R.: Adolf Ogi: «Ich bin glücklich über diese 13 Jahre — ich habe diesem Land gedient». SWI swissinfo.ch. 28.12.2000.

17 Canton de Zurich: Regierungsrätin Natalie Rickli. Curriculum vitae.

18 Beck, R.: Natalie Rickli. Nur das Image zählt. WOZ Die Wochenzeitung. n° 14/2025, 03.04.2025.

19 Radio et Télévision suisse alémanique (SRF): Nachfolge von Parmelin – Das sind mögliche Kandidierende für den Bundesrat. 02.10.2026. [Texte original: «Sie gilt seit Jahren als bundesratsfähig und verfügt über Exekutiverfahrung.»]

20 Union démocratique du centre (UDC): Ein Bundesrat für die Schweiz: Die SVP dankt Guy Parmelin für seinen grossartigen Einsatz zum Wohl unseres Landes! Communiqué de presse. 02.10.2026.

21 Fuster, T.: Tabubruch möglich: «Meiner Meinung nach sollte sogar eine Abschaffung der obligatorischen Krankenversicherung in Betracht gezogen werden», sagt Natalie Rickli. Neue Zürcher Zeitung. 27.08.2023.

22 Wild, D.: Geschlechtsangleichung. Ricklis Rauchbombe. WOZ Die Wochenzeitung. n° 28/2025, 10.07.2025.

23 Gracián, B.: Oráculo manual y arte de prudencia. Huesca, 1647, aphorisme 130. [Texte original: «Hacer, y hacer parecer. Las cosas no pasan por lo que son, sino por lo que parecen. Valer y saberlo mostrar es valer dos veces. Lo que no se ve es como si no fuese.»]

24 Tribunal administratif fédéral: Arrêt C-4467/2022 du 23.07.2025 (Adus-Medica AG contre Conseil d’État du canton de Zurich; liste hospitalière 2023, soins aigus somatiques; décision attaquée: décision du Conseil d’État n° 1104/2022 du 24.08.2022). [Texte original, consid. 7.2.1: «Vorab fällt in verfahrensrechtlicher Hinsicht auf, dass die Vorinstanz die konkreten Anforderungen an die hier zu vergebenden Leistungsaufträge nicht im Voraus klar festgelegt und kommuniziert hat.» Consid. 7.2.2: «Es ist daher methodisch nicht nachvollziehbar, weshalb die Vorinstanz auf die Fallzahlen der Tabelle A4.4 abstellt.» Consid. 7.2.3: «Diese Kriterien sind auffallend unbestimmt und offen gehalten […].» Consid. 7.4.4: «Erst in der Vernehmlassung – und damit verspätet […] – weist die Vorinstanz auf das ‹breitere medizinische Spektrum› an grösseren Spitälern hin.»]

25 Keystone-SDA: Adus Klinik in Dielsdorf steht ab Januar wieder auf der Spitalliste. SWI swissinfo.ch. 09.09.2026. [Texte original: «Dies mit der Begründung, es handle sich um eine rein elektiv tätige Klinik mit einem selektiven Leistungsangebot, das keine versorgungsrelevante Rolle spiele.» Ibid.: «Sie habe ihre Stellung als kostengünstigstes Spital im Kanton Zürich behaupten können, teilte die Klinik mit […]. Rund drei Viertel der Patientinnen und Patienten stammten aus der Region und 90 Prozent seien allgemeinversichert.»]

26 Diener-Morscher, E.: Zürcher Spitalliste: Gericht bremst Regierungsrat aus. Medinside. 28.08.2025. [Texte original: «methodische Mängel im Hinblick auf die Fallzahlen sowie fehlende Transparenz bei den Kriterien». Ibid., sur la décision: «nicht den bundesrechtlichen Anforderungen an das Spitalplanungsverfahren und an das Erstellen einer Spitalliste».]

27 Pöhner, R.: Gerichtsurteil wirkt: Adus-Klinik kehrt auf Zürcher Spitalliste zurück. Medinside. 10.09.2026.

28 Hudec, J.; Huber, M.: Schlappe für Natalie Rickli: Spitalschliessung im Kanton Zürich war unrechtmässig. Neue Zürcher Zeitung. 28.08.2025.

29 Canton de Zurich: Spitalplanung 2023 – Spitalliste Rehabilitation: Kanton Zürich gewinnt vor Bundesverwaltungsgericht. Communiqué de presse. 20.11.2025. [Concerne l’arrêt du Tribunal administratif fédéral C-4438/2022 du 13.11.2025; recourant: canton de Thurgovie. Texte original: «Der Beschwerdeführer verfügt aber über kein legitimationsbegründendes schutzwürdiges Interesse, für eine genügende Auslastung der Kliniken mit Standort im Kanton Thurgau zu sorgen.»]

30 Huber, M.: Ricklis Umgang mit dem Unispital-Skandal. Hätte sie mehr tun können? Neue Zürcher Zeitung. 18.05.2026.

31 Hôpital universitaire de Zurich: Universitätsspital Zürich arbeitet Vergangenheit auf. Communiqué de presse sur le rapport de la commission d’enquête indépendante UK 16/20 présidée par l’ancien juge fédéral Niklaus Oberholzer. 05.05.2026. [Texte original: «auf der Basis von 4'500 Operationen eine statistisch ausgewiesene Übermortalität von 68 – 74 Todesfällen». Ibid.: «der damalige Spitalrat unterschätzte die Tragweite und verfolgte die festgestellten Verfehlungen ungenügend». Ibid., sur la Direction de la santé: «hatte zudem gemäss Untersuchungsbericht mehrfach die Frage nach der Patientensicherheit gestellt und auf die verschiedenen Missstände und Führungsmängel frühzeitig hingewiesen».]

32 Radio et Télévision suisse alémanique (SRF): Todesfälle an USZ-Herzklinik – Wer haftet nach dem Versagen an der Herzklinik des Unispitals? 07.05.2026.

33 Marti, T.: Streit um Herzchirurgie: Regierungsrätin Natalie Rickli geht rechtlich gegen Zürcher Journalist vor. Neue Zürcher Zeitung. 15.06.2024.

34 Hässig, L.: Rickli bestellte Gutachten, statt Schuldige zu jagen. Inside Paradeplatz. 06.05.2026.

35 Hässig, L.: Regierungsrätin Rickli verklagt Inside Paradeplatz. Inside Paradeplatz. 14.06.2024.

36 Plutarch: Grosse Griechen und Römer. Band 2. Mannheim: Artemis & Winkler, 2010. [Texte original, p. 71: «Als der erste Bote, der Tigranes das Kommen des Lucullus meldete, keine Freude dafür erntete, sondern sofort geköpft wurde, sagte ihm kein anderer mehr etwas, sondern er saß ahnungslos da, während ihn das Kriegsfeuer schon rings umloderte, und hörte sich Reden an, mit denen man sich ihm wohlgefällig machen wollte …»]

37 Musil, R.: Über die Dummheit. Conférence donnée à l’invitation du Werkbund autrichien, à Vienne, le 11 mars et répétée le 17 mars 1937. [Texte original: «Es gibt schlechterdings keinen bedeutenden Gedanken, den die Dummheit nicht anzuwenden verstünde, sie ist allseitig beweglich und kann alle Kleider der Wahrheit anziehen. Die Wahrheit dagegen hat jeweils nur ein Kleid und einen Weg und ist immer im Nachteil.» Phrase finale: «auf das letzte und wichtigste Mittel gegen die Dummheit: auf die Bescheidung».]

38 Cipolla, C.M.: Le leggi fondamentali della stupidità umana. In: Allegro ma non troppo. Bologna: Il Mulino, 1988 [première version, diffusée à titre privé, 1976].

39 Goethe, J.W.: Sämtliche Werke nach Epochen seines Schaffens. Band 17. Maximen und Reflexionen. Munich: Carl Hanser Verlag, 1991. [Citation: n° 367, p. 782.]

40 Tuchman, B.W.: The March of Folly. From Troy to Vietnam. New York: Alfred A. Knopf, 1984 [édition allemande: Die Torheit der Regierenden. Von Troja bis Vietnam. Frankfurt am Main: S. Fischer, 1984].

41 Le Conseil fédéral: Bundesratsbeschluss über das Ergebnis der Volksabstimmung vom 9. Juni 2013. Du 26.07.2013. Bundesblatt 2013, p. 6613-6616. [Initiative populaire du 7 juillet 2011 «Élection du Conseil fédéral par le peuple»: 480’291 oui, 1’550’080 non; rejetée par tous les cantons.]

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