Guerre cognitive menée par l'Association suisse des psychothérapeutes (ASP)

L'OTAN a déclaré l'esprit humain champ de bataille. En Suisse, ce champ de bataille est exploité par l'Association suisse des psychothérapeutes (ASP) — une association professionnelle dont le modèle d'affaires ne déclare certes pas officiellement l'affaiblissement cognitif de la population comme objectif, mais le produit comme effet mesurable. La question s'impose : les psychothérapeutes de l'ASP constituent-ils un risque pour la sécurité nationale ?

Le sixième domaine de la guerre — la pensée

En 2020, l'officier français François du Cluzel présenta au NATO Innovation Hub de Norfolk, en Virginie, un document qui élargit l'architecture sécuritaire occidentale d'une dimension supplémentaire. Aux côtés de la terre, de la mer, de l'air, de l'espace et du cyberespace, un sixième domaine de la guerre fit son apparition : le domaine cognitif.

La guerre cognitive - « Cognitive Warfare » - ne vise ni les ponts, ni les serveurs, ni les satellites. Elle vise la pensée elle-même. La proposition centrale de du Cluzel : « L'objectif de la guerre cognitive est de faire de chacun une arme. »1 Les soldats ne sont pas la cible. Chaque citoyen l'est. L'esprit humain, selon la doctrine officielle, n'est pas un moyen en vue d'une fin — il est le champ de bataille.

Des analyses de l'OTAN relatives à la guerre cognitive, on peut distiller trois conditions dans lesquelles les attaques cognitives sont particulièrement efficaces1,2 :

  • Elles émanent d'acteurs de confiance.
  • Elles ne sont pas identifiables comme des attaques.
  • Et elles exploitent des vulnérabilités cognitives préexistantes.

Retenez bien ces trois conditions. Nous en aurons besoin.

Depuis lors, la Suisse débat consciencieusement de cyberdéfense, d'essaims de drones et de l'acquisition de nouveaux avions de combat. Sur le sixième domaine, elle garde le silence. La guerre cognitive ? — Jamais entendu parler. Pourtant, l'attaque la plus efficace contre la résilience cognitive de la population suisse est depuis longtemps en cours — non pas dirigée depuis Moscou, non pas diffusée par des usines à trolls, mais administrée dans des cabinets de thérapie, financée par l'assurance obligatoire des soins et défendue contre toute information éclairée par l'Association suisse des psychothérapeutes (ASP).

Le système de santé comme vecteur de subversion

Que l'infiltration du système de santé comme instrument de guerre cognitive ne soit pas un construit théorique est attesté par une source historique de la guerre froide. Youri Bezmenov, un officier du KGB passé à l'Ouest en 1970, décrivit en 1984 dans un livre3 et dans une conférence documentée4 la stratégie soviétique de « subversion idéologique » en quatre étapes : démoralisation, déstabilisation, crise, normalisation. La première étape - la démoralisation d'une société - dure selon Bezmenov quinze à vingt ans et procède principalement par la manipulation de l'éducation, des médias et du système de santé.

Nul besoin de suivre Bezmenov dans chaque détail pour trouver la précision de sa description remarquable : un système de santé qui conditionne systématiquement ses patients dans l'impuissance acquise accomplit exactement ce que Bezmenov identifiait comme la forme la plus efficiente de subversion — l'érosion de la résilience de l'intérieur, par des acteurs que la population attaquée considère comme ses sauveurs.

Paradoxe : psychiatrie et psychothérapie en Suisse

La Suisse dispose de la plus forte densité de psychiatres au monde : environ 53 psychiatres pour 100'000 habitants — soit près du triple de la moyenne de l'OCDE et presque le double du pays classé en deuxième position.5,6 Depuis l'introduction du modèle de prescription pour la psychothérapie psychologique le 1er juillet 2022, le nombre de cabinets de psychothérapie a plus que doublé en deux ans, passant de 2'340 à 4'834.7 Les coûts de l'assurance obligatoire des soins pour la psychothérapie sont passés entre 2021 et 2024 de 528 millions à 922 millions de francs. « Cela correspond [...] à une augmentation annuelle moyenne de 20,4 %. »8

L'effet mesurable de cet investissement devrait être la population psychiquement la plus saine d'Europe.

C'est le contraire qui est le cas.

Le « Rapport national sur la santé 2025 » de l'Observatoire suisse de la santé documente une nette augmentation des troubles psychiques : « Depuis l'enquête de 2017, cette proportion a fortement augmenté. Cette hausse est particulièrement prononcée chez les jeunes femmes (de 19 % à 28,9 %), mais on observe également une augmentation chez les hommes (de 9,6 % à 16,4 %). »9 La tendance de la prévalence des charges psychiques moyennes à élevées : en hausse continue.

Les troubles psychiques sont la cause la plus fréquente de mise en invalidité. La majorité de toutes les nouvelles rentes AI, selon la statistique AI 2024, est « d'origine psychique (52 % de toutes les rentes AI, respectivement 76 % de toutes les rentes AI liées à une maladie) ».10 Là aussi, la tendance depuis des années : en hausse continue.

Une enquête de l'OCDE auprès de psychiatres suisses a révélé « que la durée moyenne de traitement est d'environ 60 mois ».5 Cinq ans de traitement pour des troubles qui, selon l'état de la recherche internationale, peuvent être traités avec succès en quelques séances de psychothérapie cognitive. La tendance des délais d'attente : en hausse continue.

Quiconque juxtapose ces chiffres - davantage de psychothérapeutes, davantage de cabinets, des coûts en hausse, et pourtant : davantage de maladie, davantage de mises en invalidité, davantage de souffrance - se trouve confronté à une question que le système ne veut pas poser, parce que la réponse détruirait son modèle d'affaires :

Si la psychothérapie fonctionne — pourquoi les Suisses deviennent-ils plus malades à mesure qu'ils disposent de plus de psychothérapeutes ? Le 2 mars 2025, même la NZZ l'a relevé : « Dans le pays qui possède la plus forte densité de psychiatres, les listes d'attente pour les rendez-vous ne cessent de s'allonger. Que se passe-t-il ? »11

La NZZ n'a pas osé désigner concrètement le champ de bataille et les responsables.

La fabrique de patients

Il n'existe logiquement que deux réponses à cette question.

Soit les thérapies sont inefficaces — auquel cas leur extension est un gaspillage. Soit les thérapies elles-mêmes sont iatrogènes, c'est-à-dire pathogènes — auquel cas leur extension est un danger. Dans les deux cas, le système ne produit pas de la santé, mais de la demande pour lui-même.

La seconde réponse est la plus grave. Et elle porte un nom scientifique.

Le psychologue Nick Haslam, de l'Université de Melbourne, a documenté en 2016 ce qu'il a nommé l'expansion conceptuelle - « Concept Creep » - : l'élargissement systématique de concepts psychologiques fondamentaux tels que traumatisme, abus, dépendance et trouble psychique.12 Ce qui, il y a trente ans, était considéré comme une expérience de vie normale - le deuil, la nervosité, la timidité, la déception - est aujourd'hui diagnostiqué, pathologisé et traité. Ce n'est pas la maladie qui augmente. C'est la définition de ce qui est considéré comme maladie qui s'élargit — et avec elle le nombre de ceux qui en tirent profit :

« Un effet de rétroaction négatif de cette expansion conceptuelle est dès lors la tendance d'un nombre croissant de personnes à se percevoir comme des victimes définies par leur souffrance, leur vulnérabilité et leur innocence, et dotées d'une capacité d'action diminuée pour surmonter leur détresse par leurs propres forces. »

Nick Haslam Concept creep: Psychology's expanding concepts of harm and pathology Psychological Inquiry, 2016.12

Sur le champ de bataille de la guerre cognitive, ces personnes sont cognitivement vaincues : par des années de traitement thérapeutique qui perpétuent leur identité de victime au lieu de la surmonter, elles ont été systématiquement démoralisées, déstabilisées dans leur capacité de jugement et dépouillées de leur résilience psychique. Elles n'ont pas été guéries, mais rendues sans défense — cognitivement désarmées, prisonnières de l'impuissance acquise et incapables de se percevoir comme des acteurs dotés de capacité d'action. Le soin thérapeutique en apparence bienveillant les a plongées dans un état de vulnérabilité permanente dans lequel elles ne peuvent ni reconnaître la manipulation ni rassembler la volonté de lui résister.

Le psychiatre Klaus Dörner, qui enseigna à l'Université de Witten-Herdecke et dirigea la Clinique westphalienne de psychiatrie à Gütersloh, formula en 2002 dans le Deutsches Ärzteblatt ce que Haslam confirmerait empiriquement quatorze ans plus tard :

« La concurrence contraint à l'ouverture de nouveaux marchés. L'objectif doit être la transformation de toutes les personnes saines en malades, c'est-à-dire en personnes qui se considèrent, aussi longtemps que possible, [...] psychiquement comme ayant besoin d'être manipulées thérapeutiquement, en réhabilitation et en prévention par des experts afin de pouvoir "vivre en bonne santé". Cela fonctionne déjà assez bien dans le domaine des maladies somatiques, mais mieux encore dans le domaine des troubles psychiques, d'autant qu'il ne manque pas de théories selon lesquelles pratiquement personne n'est en bonne santé. »

Klaus Dörner Gesundheitssystem: In der Fortschrittsfalle [Système de santé : pris au piège du progrès]. Deutsches Ärzteblatt. 20.09.200213

Lisez cette phrase deux fois. Elle ne provient pas d'un critique du système. Elle provient d'un médecin-chef en psychiatrie qui décrit ce qu'il a observé de l'intérieur. Et elle ne décrit pas un complot, mais une logique économique — la même logique que révèlent les chiffres suisses.

Cependant, l'expansion conceptuelle et l'expansion du marché n'expliquent que la prolifération des diagnostics. Elles n'expliquent pas pourquoi des patients sont plus malades après des années de traitement qu'avant. Pour cela, il faut un second mécanisme : la thérapie de longue durée comme désarmement cognitif.

Un lecteur ayant commenté la critique publique de l'industrie psychothérapeutique suisse décrivit son expérience en des termes qu'aucun chercheur n'aurait pu formuler avec plus de concision :

« Pendant plus de 20 ans, j'avais suivi une thérapie, et à la fin j'étais plus malade qu'au début. Sans cesse de nouveaux diagnostics présumés, des traits de personnalité pathologisés, ici des "déficits" et là des "traumatismes". On est littéralement conditionné à devenir une victime remplie d'incapacités. [...] Je me sens comme un ancien membre d'une secte. »

Personne concernée, 18.08.2025 à 13 h 59 Commentaire sur La Suisse, paradis de l'inefficience psychothérapeutique14

Vingt ans. Plus malade qu'au début. Conditionné à devenir une victime. Le mot « conditionné » est choisi avec précision et correct dans la terminologie clinique : ce patient n'a pas été traité. Il a été entraîné à l'impuissance acquise. Son auto-efficacité cognitive — la capacité de résoudre ses propres problèmes par sa propre pensée — n'a pas été renforcée mais systématiquement démantelée.

Ce n'est pas la défaillance de psychothérapeutes individuels. C'est le modèle d'affaires. La thérapie de longue durée produit, dans ses effets, les patients dont elle a besoin pour sa propre survie économique en démantelant l'auto-efficacité cognitive au lieu de la construire. Le patient guéri et renvoyé après dix séances n'a aucune valeur commerciale. Le patient qui revient encore après dix ans est une annuité.

Et c'est précisément ici que la boucle se referme sur la doctrine de l'OTAN : ce que François du Cluzel a défini comme guerre cognitive - le sapement systématique des capacités cognitives d'une population cible - est fonctionnellement indiscernable de ce qui se produit dans les cabinets de psychothérapie de toute la Suisse.

Les écoles de « psychothérapie » au service de la fabrication

Les sources de cet affaiblissement systématique des capacités cognitives de la population suisse sont faciles à localiser. Parmi elles figurent les membres institutionnels de l'Association suisse des psychothérapeutes (ASP)15 — des instituts de formation accrédités par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) qui vendent des méthodes thérapeutiques inefficientes à de jeunes médecins et psychothérapeutes. Les autorités cantonales de la santé apposent ensuite leur tampon sur ces formations pour l'obtention des titres de « psychothérapeute reconnue au niveau fédéral » et « psychothérapeute reconnu au niveau fédéral » ainsi que pour la formation de « médecin spécialiste en psychiatrie et psychothérapie ».

À la date de publication de cet article, les instituts et associations suivants sont répertoriés comme membres de l'Association suisse des psychothérapeutes (ASP) :

Instituts de formation postgrade accrédités — Psychologie des profondeurs

  • CGJI Institut C.G. Jung Zurich
  • IPA Institut de travail sur les processus
  • IRG Istituto Ricerche di Gruppo
  • SGBAT Société suisse d'analyse bioénergétique et de thérapie

Instituts de formation postgrade accrédités — Psychothérapie humaniste

Membres collectifs associés

  • EFAPO École Française d'Analyse Psycho-Organique Paris
  • ISAPZURICH Séminaire international de psychologie analytique Zurich
  • SIPT Institut suisse de psychotraumatologie
  • VPB Association des psychothérapeutes des deux Bâle

Guerre cognitive — sans uniforme

Revenons aux trois conditions de l'OTAN pour des attaques cognitives réussies.

Les attaques cognitives émanent d'acteurs de confiance. Aucun acteur ne jouit d'une confiance plus intime qu'un psychothérapeute. Le patient lui révèle ses pensées les plus vulnérables, ses angoisses les plus profondes, ses convictions les plus privées. La relation psychothérapeutique est, par sa conception même, un cadre d'ouverture cognitive maximale — et par conséquent de vulnérabilité cognitive maximale.

La guerre cognitive des psychothérapeutes n'est pas identifiable comme une attaque. Aucun patient n'entre dans un cabinet de psychothérapie en s'attendant à en ressortir plus malade. Aucun citoyen ne soupçonne qu'un système portant « santé mentale » dans son intitulé sape sa santé mentale. Le camouflage est parfait parce qu'il n'est pas un camouflage — mais une auto-illusion que le psychothérapeute partage avec le patient.

Elles exploitent des vulnérabilités cognitives préexistantes. Les patients qui entrent dans le cabinet de psychothérapie sont, par définition, déjà cognitivement fragilisés. Un système qui ne remédie pas à leur vulnérabilité mais la cultive opère au point le plus exposé de la société — et le maintient ouvert.

Nul besoin d'attribuer une intention militaire aux membres de l'Association suisse des psychothérapeutes (ASP). Le terme « guerre cognitive » ne décrit pas ici une intention, mais un effet. La question n'est pas de savoir si les psychothérapeutes de l'ASP planifient une attaque contre la Suisse. La question est de savoir si l'effet de leurs actes est discernable d'une telle attaque.

Un document17 de l'Association suisse des psychothérapeutes (ASP) datant de 2025 permet de répondre à cette question avec une précision qu'un analyste peut rarement espérer.

L'aveu

À l'été 2025, un psychothérapeute publia une analyse démontrant que la Suisse était un « paradis de l'inefficience psychothérapeutique14 » — un système dans lequel la majorité des psychothérapeutes suisses emploient des méthodes qui maintiennent les patients en traitement pendant des années et des décennies, alors qu'une psychothérapie scientifiquement fondée et efficace pourrait les guérir en quelques séances. L'auteur écrivit :

« Les psychothérapeutes réclament perpétuellement davantage de ressources. Mais ils ne fournissent aucune assurance qualité. Ils se plaignent d'un nombre insuffisant de places, tout en défendant des psychothérapies interminables sans objectif. Ils revendiquent l'autorité interprétative sur la santé mentale, mais argumentent comme des lobbyistes au service de leurs propres intérêts. »

Dietmar Luchmann La Suisse, paradis de l'inefficience psychothérapeutique14

La réponse de l'Association suisse des psychothérapeutes (ASP) ne consista pas en une réfutation professionnelle. Elle consista en une plainte formelle17 déposée auprès de la Direction de la santé du canton de Zurich, dans laquelle la présidente de l'ASP, Gabriela Rüttimann, somma l'autorité d'intervenir contre l'auteur.

La documentation18 comprenant les textes intégraux montre comment l'Association suisse des psychothérapeutes (ASP) a instrumentalisé avec succès la Direction de la santé du canton de Zurich, dirigée par Natalie Rickli, pour protéger les méthodes psychanalytiques, de psychologie des profondeurs, d'analyse existentielle, bioénergétiques et centrées sur le corps de ses membres contre le progrès scientifique.

Ce qui rend ce document17 précieux pour la présente analyse n'est pas la procédure — c'est le contenu. Car la présidente de l'ASP y formula, ouvertement et par écrit, ce que l'on peut identifier comme des objectifs de nuisance opérationnels de la guerre cognitive contre la population suisse — indépendamment de la question de savoir si Gabriela Rüttimann a voulu cet effet ou si elle l'a simplement accepté comme conséquence collatérale.

Objectif de nuisance n° 1 :

Suppression de l'information sur la psychothérapie efficace.

L'Association suisse des psychothérapeutes (ASP) a dénoncé17 l'affirmation selon laquelle les troubles anxieux peuvent être traités en huit à dix séances comme étant « trompeuse ». Ce que l'ASP présente comme une violation du droit professionnel est l'état documenté de la science internationale : les directives NICE du National Institute for Health and Care Excellence (NICE) britannique, mondialement réputé pour sa rigueur impitoyable fondée sur les preuves, recommandent la thérapie comportementale et cognitive pour les troubles anxieux dans une durée totale de 7 à 14 heures19 ; pour les phobies spécifiques, une à cinq séances peuvent suffire.20

Dietmar Luchmann, psychothérapeute pour la psychothérapie cognitive

Dietmar Luchmann, psychothérapeute : « Les troubles anxieux et les attaques de panique peuvent être parfaitement surmontés par voie cognitive. Quiconque accepte à la place une psychothérapie de plus de dix heures, ou des médicaments, se laisse mal traiter. » La Direction de la santé du canton de Zurich « considère » la diffusion du standard scientifique international de la psychothérapie comme « trompeuse et par conséquent illicite », écrit sa juriste Sophie Köhler, MLaw, et menace le diffuseur du retrait de son autorisation de pratiquer.

Le chercheur en psychothérapie Klaus Grawe démontra dès 1994, dans la méta-analyse la plus exhaustive de la recherche en psychothérapie à l'Université de Berne, que la psychothérapie cognitive est « en moyenne hautement significativement plus efficace que la thérapie psychanalytique et la psychothérapie centrée sur la personne ».21 La réaction des associations professionnelles concernées consista à l'époque en ce que Grawe décrivit comme un « torrent de réactions indignées ».22 Trente-deux ans plus tard, l'Association suisse des psychothérapeutes (ASP) emploie la même stratégie — à la différence que, cette fois, elle a trouvé dans la Direction de la santé du canton de Zurich, dirigée par la conseillère d'État Natalie Rickli, un collaborateur qui lui fait le travail.18

L'effet nocif :
Les patients ne doivent pas apprendre qu'ils pourraient être guéris en quelques heures. Ils doivent rester en traitement pendant des années.

Objectif de nuisance n° 2 :

Pathologisation du succès thérapeutique.

L'Association suisse des psychothérapeutes (ASP) a contesté17 l'affirmation selon laquelle, à l'issue d'une psychothérapie réussie, la « vie peut redevenir pleinement digne d'être vécue ». Une association professionnelle de psychothérapeutes dénonce l'objectif universel de toute psychothérapie comme une violation du droit professionnel. C'est comme si une association de chirurgiens signalait l'affirmation selon laquelle l'objectif d'une opération est la survie du patient comme une « promesse de guérison trompeuse ».

L'effet nocif :
Le critère de mesure du succès thérapeutique est éliminé. Si personne ne peut affirmer que la psychothérapie rend la « vie pleinement digne d'être vécue », l'absence de ce résultat dans des thérapies de longue durée interminables devient invisible.

Objectif de nuisance n° 3 :

Discréditation de la psychothérapie sans médicaments.

L'Association suisse des psychothérapeutes (ASP) a blâmé17 la diffusion de l'information selon laquelle « les troubles anxieux [...] peuvent être guéris sans recours aux psychotropes ». Cette dénonciation, elle aussi, renverse la science psychothérapeutique. La psychothérapie est, par sa nature et par sa définition légale, un traitement non pharmacologique. Les psychothérapeutes psychologues en Suisse n'ont pas le droit de prescrire des médicaments. Ils ne peuvent pas travailler autrement que sans psychotropes — mais ils n'en ont pas besoin non plus, car la psychothérapie cognitive des troubles anxieux ne nécessite aucun médicament. Les directives NICE mettent même expressément en garde, pour les troubles anxieux, contre l'usage systématique de benzodiazépines et recommandent de ne pas employer les psychotropes comme traitement de première intention.19 Reprocher à un psychothérapeute de pratiquer la psychothérapie est une absurdité.

L'effet nocif :
La frontière entre psychothérapie et pharmacothérapie est brouillée — au profit d'un système dans lequel les patients deviennent des consommateurs de médicaments qui ont « en plus » besoin d'une thérapie par la parole interminable.

Objectif de nuisance n° 4 :

La déformation du sens érigée en méthode.

L'Association suisse des psychothérapeutes (ASP) a cité sa propre formulation fabriquée17 « convient aux millionnaires » comme une citation du psychothérapeute attaqué et a dénoncé le « ciblage délibéré d'une clientèle aisée ». La formulation réelle sur le site incriminé est : « pas seulement pour les millionnaires » — une référence au faible coût et à l'accessibilité financière d'une psychothérapie efficiente. L'ASP a inversé la déclaration en son contraire. Elle a fabriqué, à partir d'un argument en faveur de l'accessibilité, un argument en faveur de l'exclusivité. Dans la terminologie de la psychothérapie cognitive, il s'agit d'une distorsion cognitive du type « abstraction dénaturante » : on arrache un détail de son contexte et on en inverse le sens pour pouvoir s'indigner de sa propre déformation.

C'est la structure cognitive de la désinformation — exécutée par des personnes qui prétendent professionnellement traiter les distorsions cognitives.

L'État capturé comme complice — la capture réglementaire comme risque sécuritaire

La Direction de la santé du canton de Zurich, sous la responsabilité politique de la conseillère d'État UDC Natalie Rickli,18 a repris l'intégralité des griefs de l'Association suisse des psychothérapeutes (ASP) dans un libellé quasi identique - dans le même ordre, dans les mêmes formulations, avec les mêmes orientations substantielles - et a menacé le psychothérapeute du retrait de son autorisation de pratiquer.

En un point, la Direction de la santé du canton de Zurich a même aggravé le grief : là où l'ASP avait encore écrit, avec des réserves, la « prétendue possibilité » de guérison sans psychotropes, l'autorité a biffé le mot « prétendue » et a transformé l'appréciation prudente d'une association professionnelle en une constatation de fait officielle.

Nulle part la réponse de l'autorité ne laisse transparaître qu'un seul des sites incriminés ait été consulté, qu'un seul passage ait été lu dans l'original ou qu'un seul des faits allégués ait été vérifié de manière indépendante. La Direction de la santé du canton de Zurich n'a pas même remarqué que les sites n'appartiennent pas au psychothérapeute attaqué. La proposition du psychothérapeute de vérifier les griefs avant d'exiger une prise de position formelle en « jetant un coup d'œil sur le site incriminé » a été rejetée, ce qui conduit à la question :

Natalie Rickli protège-t-elle les écoles de psychothérapie inefficientes ?23

Le terme technique pour ce processus est la capture réglementaire : une autorité de surveillance censée protéger la population contre des pratiques nocives devient l'organe d'exécution de ceux dont elle était censée surveiller les pratiques. L'État devient le complice de ceux qui le corrodent de l'intérieur. Parce que pour la dirigeante politique Natalie Rickli « seule l'image compte »,24 elle est, sur le champ de bataille de la guerre cognitive, une dirigeante dont le désintérêt documenté pour l'examen de fond sape systématiquement l'expertise encore présente au sein de l'autorité de surveillance.

Natalie Rickli a renforcé le département « Communication » d'un cinquième collaborateur à partir de mars 2026 — tout en maintenant simultanément sa posture de menace en faveur de l'Association suisse des psychothérapeutes (ASP) et en refusant de communiquer avec moi. Mon courriel du 3 mars 2026,18 contenant ma prise de position formelle sur ce que j'évalue comme un abus de fonction de plus en plus manifeste et la demande d'accès au dossier qui en résulte, est resté à ce jour sans réponse de la part de la Direction de la santé du canton de Zurich. Cela aussi constitue de la guerre cognitive contre la diffusion des standards thérapeutiques internationaux.

Il convient de mentionner que la présidente de l'ASP, Gabriela Rüttimann, qui se permet d'affirmer que la psychothérapie cognitive « manque de preuves scientifiques », dirige simultanément en qualité de « directrice scientifique » l'IKP Institut de psychothérapie centrée sur le corps à Zurich, dont la méthode ne figure dans aucune des directives thérapeutiques internationales faisant autorité en tant que psychothérapie fondée sur les preuves.16 Ce conflit d'intérêts personnel - la directrice d'un institut de formation pour une méthode non fondée sur les preuves dirige simultanément l'association professionnelle qui mobilise l'autorité de surveillance contre la concurrence fondée sur les preuves - est documenté et incontesté. Le reproche de manque de preuves, formulé par une représentante d'une méthode sans preuves contre un représentant d'une méthode avec preuves, est l'expansion conceptuelle érigée en instrument de pouvoir : la redéfinition des critères jusqu'à ce que l'incompétence passe pour la norme et la compétence pour une infraction.

Plus efficace que n'importe quelle usine à trolls

Posons la question qui n'a pas encore été posée dans le débat sécuritaire suisse : qui inflige le plus grand dommage à la résilience cognitive de la population — les campagnes de désinformation russes ou les psychothérapeutes de l'ASP avec la Direction de la santé du canton de Zurich à leur service ?

La désinformation russe atteint une fraction de la population suisse, agit indirectement par le biais des médias sociaux et peut être neutralisée par la compétence médiatique. Sa portée est limitée, son effet diffus, son intention — une fois reconnue — transparente.

Les psychothérapeutes de l'ASP atteignent le groupe de population le plus vulnérable - des personnes en détresse psychique - directement, dans un cadre de confiance maximale, pendant des mois et des années, financés par la collectivité. Ils agissent sur précisément ces citoyens qui sont déjà cognitivement affaiblis — et les maintiennent dans cet affaiblissement au lieu d'y remédier. Avec une durée moyenne de traitement de cinq ans,5 les heures de contact des psychiatres et psychothérapeutes suisses avec leurs patients excèdent celles de la plupart des opérations de renseignement jamais documentées.

L'effet de ce système surpasse ce qu'un service de renseignement hostile pourrait accomplir par les moyens conventionnels de la désinformation — non par l'intention, mais par la portée, la durée du contact et la profondeur de l'accès. Un réseau couvrant l'ensemble du territoire, composé d'acteurs qui jouissent de la confiance intime des plus vulnérables, sont rémunérés par les caisses maladie et ont un intérêt économique à maintenir l'affaiblissement cognitif. Un système qui n'a pas besoin d'être infiltré parce qu'il s'auto-alimente.

La différence entre une usine à trolls et l'Association suisse des psychothérapeutes (ASP) réside dans le mobile. L'usine à trolls veut nuire. Les psychothérapeutes de l'ASP veulent gagner de l'argent. Pour la résilience cognitive de la Suisse, cette distinction est sans conséquence. Un commentateur de mon article « Natalie Rickli et le lobby des psychologues »25 a écrit :

« Ayant déjà dû faire l'expérience de plusieurs locataires gravement dépendants de drogues, j'ai appris à connaître un système qui, au-delà des frontières cantonales, maltraite thérapeutiquement les toxicomanes de la pire façon et exploite nos caisses maladie et les systèmes sociaux en besoin de réforme. Plus de 20'000 par personne et par mois sont gaspillés sans qu'il existe le moindre encouragement à ce que les toxicomanes soient véritablement guéris. »

Schmatz, 03.03.2026 à 18 h 29 Commentaire sur « Natalie Rickli et le lobby des psychologues ». 03.03.202625

La sécurité nationale commence dans la tête

Ce qui est décrit ici n'est pas une défaillance du système de santé. C'est une menace pour la sécurité nationale de la Suisse — la guerre cognitive dans sa forme la plus achevée.

Le lien n'est pas abstrait. Il se lit dans la capacité opérationnelle de l'armée suisse. Le nombre de recrues classées inaptes au service pour des raisons psychiques lors du recrutement augmente depuis des années. « De plus en plus arrivent dans l'armée avec des antécédents psychiques », a averti Blick26 le 29 juin 2025. À l'occasion de l'initiative populaire de 2010 pour la suppression du service militaire obligatoire, le St. Galler Tagblatt27 rapportait que le « potentiel de recrutement [...] de la classe 1964 [...] correspondait à un taux d'aptitude de 80 pour cent à l'époque » et que « le taux d'aptitude actuel [...] selon les critères d'aptitude en vigueur [...] le nombre de recrues ne représente plus que 64 pour cent des conscrits (année 2008) ».

L'armée perd une part croissante de la population en âge de servir — non face à des armes ennemies, mais face à des diagnostics. « Parfois, plusieurs diagnostics se cumulent, mais 76 pour cent de tous les conscrits déclarés inaptes au service militaire présentent un diagnostic psychique principal », selon SwissInfo.28 Des diagnostics posés par un système qui — comme les chiffres le démontrent — ne réduit pas les troubles psychiques mais les produit. Les recrues déclarées psychiquement inaptes aujourd'hui sont les patients d'hier, chronifiés dans un système qui tire profit de leur maladie.

Si l'OTAN a déclaré l'esprit humain sixième domaine de la guerre, alors la santé mentale de la population ne relève pas de la seule compétence de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Elle relève du Service de renseignement de la Confédération (SRC). Car ce que le SRC surveille sous l'intitulé « menaces pour la sécurité intérieure » - le terrorisme, l'espionnage, l'extrémisme violent - sont des attaques venant de l'extérieur ou se donnant à reconnaître comme telles. L'affaiblissement cognitif opéré par un système qui maintient les citoyens les plus vulnérables dans l'impuissance acquise vient de l'intérieur et se présente comme de l'aide. Selon les critères de la doctrine de l'OTAN, c'est la menace la plus achevée : invisible, fondée sur la confiance, autofinancée.

La Suisse investit des milliards dans des avions de combat qui protègent son espace aérien. Elle investit dans la cyberdéfense qui protège son infrastructure numérique. Et elle investit un milliard par an dans un système qui sape l'infrastructure cognitive de sa population — la capacité de ses citoyens à penser clairement, à juger de manière autonome et à agir en cas de crise. Un pays dont la jeunesse en âge de servir a appris dans des cabinets de thérapie à se considérer comme des victimes remplies d'incapacités ne produira pas une armée capable de défendre la Suisse — même avec de nouveaux avions de combat.

La sécurité nationale ne commence pas par l'acquisition d'armements. Elle commence par la question de savoir si les citoyens censés utiliser ces armements disposent encore de la résilience cognitive que le général Guisan reconnut en 1940 comme la véritable ressource défensive de la Suisse. La réponse que fournissent les chiffres suisses est alarmante. Et le système qui produit cette réponse est financé par la collectivité, défendu par les associations professionnelles et protégé par les autorités.

Si ce n'est pas un cas relevant du Service de renseignement de la Confédération, alors le concept de « sécurité intérieure » a perdu son sens.

Deux lignes de défense

Le diagnostic est posé. Mais un psychothérapeute cognitif digne de ce nom ne se contente jamais du diagnostic. Il montre la voie de la guérison de la septicémie cognitive causée par des formes de thérapie inefficientes et nocives.

Ligne de défense n° 1 :

L'OFSP met un terme à la prolifération de « psychothérapies » inefficientes et nocives

Conformément à l'article 34 de la loi fédérale sur les professions de la psychologie, le Département fédéral de l'intérieur (DFI) est compétent pour l'accréditation des filières de formation postgrade conduisant à un titre fédéral de formation postgrade, par exemple « psychothérapeute reconnue au niveau fédéral », « psychothérapeute reconnu au niveau fédéral » et « médecin spécialiste en psychiatrie et psychothérapie ».

Les filières de formation postgrade en psychothérapie accréditées par la Confédération sont publiées par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) dans un registre qui répertorie également des filières de l'ASP arrivant à échéance le 1er mai 2026 — parmi lesquelles des filières de formation postgrade pour la « psychothérapie corporelle » et l'« analyse bioénergétique » : des méthodes qui ne figurent dans aucune des directives thérapeutiques internationales faisant autorité en tant que psychothérapie fondée sur les preuves. L'accréditation court pour une durée maximale de sept ans. Après quoi elle doit être renouvelée.

L'OFSP a désormais la possibilité de refuser la réaccréditation. Il lui suffit pour cela d'appliquer le droit en vigueur et de poser la question qu'il n'a pas encore posée : existe-t-il de véritables preuves scientifiques d'efficacité pour ce que ces filières de formation enseignent ? Pas de cathédrales de mots ! Pour répondre à cette question, l'autorité doit tenir à l'écart les associations professionnelles qui, en tant que membres des commissions décisionnelles compétentes, se sont jusqu'ici « auto-accordé l'accréditation ».

En médecine somatique, on appelle cela une antibiothérapie lorsqu'on empêche des agents pathogènes de se propager. Le principe est transposable : mettre un terme à la diffusion de méthodes thérapeutiques scientifiquement non fondées par le biais de filières de formation postgrade accréditées par l'État est la première mesure contre la septicémie cognitive qui corrode le système de santé suisse de l'intérieur. Les agents pathogènes sont déjà dans le système. Les nourrir par la réaccréditation est un manquement au devoir — un défaut de défense que la menace pour la sécurité nationale impose.

Ligne de défense n° 2 :

Le Parlement coupe le financement de la septicémie cognitive avec la motion 25.4533

Tout système défensif a un talon d'Achille : la ligne de ravitaillement. Aucune armée n'opère sans logistique. Aucun affaiblissement cognitif de l'ampleur décrite ici ne fonctionne sans financement. La chronification de la population suisse n'est pas financée avec l'argent des psychothérapeutes. Elle est financée avec l'argent des payeurs de primes — les personnes mêmes dont elle sape l'auto-efficacité cognitive.

Environ un milliard de francs pour la psychothérapie ambulatoire s'écoule chaque année de l'assurance obligatoire des soins dans un système qui produit la maladie dont il vit — depuis des décennies. Karl Kraus se moquait déjà de la psychanalyse en la qualifiant de « cette maladie mentale pour laquelle elle se prend pour le remède ».29 Le payeur de primes finance le démantèlement de sa propre résilience cognitive — et n'a aucun moyen de l'empêcher, car entre lui et les psychothérapeutes, il n'existe aucun correctif qui ne fasse pas lui-même partie du système.

Les associations professionnelles définissent les standards de qualité. Les associations professionnelles accréditent les formations. Les associations professionnelles déterminent ce qui est considéré comme lege artis. Et lorsqu'un outsider cite l'état de la recherche internationale, les associations professionnelles mobilisent la surveillance étatique pour le réduire au silence. C'est un circuit fermé d'auto-surveillance et d'auto-enrichissement dans lequel le contrôleur, le contrôlé et le bénéficiaire sont la même entité — et le patient la seule partie que personne n'interroge.

Il existe exactement une instance que ce circuit ne peut ni coopter, ni corrompre : l'individu qui dépense son propre argent.

C'est à cet individu que le conseiller national PLR Philippe Nantermod veut rendre la responsabilité personnelle. La motion 25.4533 « Retirer les psychothérapies du catalogue des prestations »,30 déposée par Nantermod au Conseil national le 16 décembre 2025, n'est pas, dans cette perspective, une mesure d'austérité. C'est la coupure de la ligne de ravitaillement d'un système qui dévore de l'intérieur la substance cognitive de la Suisse. Quiconque continue d'alimenter un système qui produit la maladie dont il vit ne finance pas la guérison. Il finance la chronification — la septicémie cognitive.

En dépit de la défaillance systémique manifeste, le Conseil fédéral a rejeté la motion 25.4533 le 11 février 2026 : « Le Conseil fédéral considère que les processus existants sont adéquats et suffisants. »31 Examinons les « processus existants » : sur les 40 filières de formation postgrade répertoriées dans la liste de l'OFSP des filières accréditées en psychothérapie, seules six (15 pour cent !) enseignent la psychothérapie la plus efficace — la thérapie comportementale et cognitive. Le Conseil fédéral doit répondre, dans la suite de la procédure parlementaire relative à la motion 25.4533, à la question de ce qu'il entend par « adéquat » : quel objectif sert-il, et à qui profite-t-il, de promouvoir la septicémie cognitive par des filières de formation en méthodes centrées sur le corps, gestalt-thérapeutiques, centrées sur la personne, expérientielles, bioénergétiques, d'analyse existentielle et psychanalytiques ?

Seul celui qui paie 200 francs de l'heure de sa propre poche développe une acuité diagnostique qui surpasse l'aveuglement consensuel du Conseil fédéral. Il ne demande pas si la méthode de son psychothérapeute est « accréditée ». Il demande si elle fonctionne. Il n'accepte pas dix ans sur le divan, car il sent ce que le Conseil fédéral refuse de voir : que chaque heure qui ne change rien est une heure qu'il a payée lui-même. Cette douleur est l'indicateur de qualité le plus précis que la psychothérapie connaisse — et le seul qu'aucune association professionnelle ne peut escamoter.

L'objection est évidente : et les vraiment malades ? Ceux qui ne peuvent pas se permettre une thérapie ? L'objection semble humaine. Elle ne l'est pas. Car elle présuppose que le système actuel guérit les vraiment malades. Le contraire est documenté : il les maintient malades. Soixante mois de durée moyenne de traitement. Vingt ans, plus malade qu'au début. Conditionné à devenir victime. La véritable inhumanité ne consiste pas à inciter les personnes à la responsabilité personnelle. La véritable inhumanité consiste à les enfermer dans un système qui a fait de leur impuissance son modèle d'affaires — et à appeler cet enfermement de la « prise en charge ».

Pour les urgences aiguës et les personnes totalement démunies, les structures qu'un pays civilisé maintient existent : l'assurance-invalidité, l'assurance-accidents, l'aide sociale, les urgences psychiatriques. Personne ne se retrouvera devant des portes fermées. Mais les millions qui s'écoulent aujourd'hui dans des conversations interminables sans structure seront réorientés vers les domaines où ils produisent un effet — ou ils tariront. Les deux issues sont préférables au statu quo.

Car le statu quo a une issue que personne n'articule mais qui est arithmétiquement inéluctable : si le nombre de diagnostics psychiques continue d'augmenter au rythme auquel il augmente depuis vingt ans, et si le nombre de psychothérapeutes continue de croître au rythme auquel il croît depuis l'introduction du modèle de prescription, alors la Suisse se dirige vers un état que l'on ne peut décrire que comme un hôpital psychiatrique à ciel ouvert — un pays dans lequel la moitié de la population thérapeute l'autre moitié, et les deux moitiés en tombent malades. L'une des diagnostics que le système a inventés pour elle. L'autre de l'auto-illusion qu'elle contribue à la santé.

La seconde ligne de défense est la coupure du financement par la motion 25.4533 « Retirer les psychothérapies du catalogue des prestations ».30 Non pas comme punition. Comme légitime défense.

Défense spirituelle nationale 2026

Le 25 juillet 1940, le général Henri Guisan rassembla les officiers supérieurs de l'armée suisse sur la prairie du Grütli. Son objectif n'était pas de discuter de positions de troupes. Son objectif était de combattre le défaitisme, la disposition à l'accommodement, la capitulation intérieure. Ce que Guisan inculqua au Grütli, c'est la conviction que la défense d'un pays ne commence pas à la frontière, mais dans la tête — et que la force qui érode la résistance intérieure est plus dangereuse que l'armée qui se tient à la frontière. Dans le langage du message culturel du Conseil fédéral de 1938, qui formula pour la première fois de manière systématique la « défense spirituelle nationale » : l'indépendance de la Suisse tient et tombe avec la force de résistance spirituelle de ses citoyens.32

« Si la défense armée du pays, dont la préparation et l'organisation sont exclusivement l'affaire de l'État et la tâche primordiale de la Confédération, nous voudrions laisser la défense spirituelle nationale avant tout au citoyen, à l'être humain, au libre épanouissement de l'esprit. »

« Message du Conseil fédéral à l'Assemblée fédérale sur l'organisation et les tâches de la sauvegarde et de la propagande culturelles suisses du 9 décembre 1938 »32

Ce que la Suisse appelait alors « défense spirituelle nationale », l'OTAN l'appelle aujourd'hui « résilience cognitive ». La Suisse n'a pas importé cette idée de l'OTAN. Elle a été l'une des premières nations européennes à la formuler. Et elle a oublié que cette idée vaut encore en 2026 - à la différence que la corrosion aujourd'hui n'émane pas de la propagande à la frontière, mais d'un système à l'intérieur du pays qui démantèle l'auto-efficacité cognitive de la population au lieu de la construire - opéré par des psychothérapeutes qui ignorent ce qu'ils provoquent, et défendu par des instituts de formation et des associations professionnelles qui le savent et en tirent profit.

Cicéron avertit le Sénat romain il y a deux mille ans que la menace à l'intérieur des murs - émanant de ceux qui jouissent de la confiance des institutions, qui parlent avec la voix de leurs concitoyens - est plus dangereuse que toute armée devant les portes : « ici à l'intérieur se cache l'embuscade, ici réside le danger, ici est l'ennemi ».33

Aaron T. Beck, cofondateur de la thérapie comportementale et cognitive, formula en 2021 la variante clinique du même avertissement : « La pratique de la TCC n'est pas simple. Trop nombreux sont les professionnels de la santé mentale qui se qualifient de thérapeutes TCC sans posséder même les compétences conceptuelles et thérapeutiques les plus élémentaires. »34 Ce que Beck décrivit diplomatiquement comme un manque de compétence, la réalité suisse le révèle dans toute sa gravité : ce n'est pas simplement de l'incompétence. C'est une association professionnelle organisée qui érige l'incompétence en norme, assure son financement par la collectivité et combat quiconque rend visible la différence entre guérir et exploiter.

Sun Tzu écrivit il y a deux millénaires et demi : « L'art suprême de la guerre est de soumettre l'ennemi sans combattre. »35 Le résultat produit par les psychothérapeutes de l'ASP correspond à cette description — non par calcul stratégique, mais par intérêt lucratif. A-t-on jamais examiné si ce dommage à la résilience cognitive de la Suisse excède celui causé par le terrorisme ?

Ni de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) sous la direction d'Anne Lévy, ni de la Direction de la santé du canton de Zurich sous la direction de Natalie Rickli, on ne perçoit qu'ils défendent la Suisse contre la guerre cognitive qui lui est menée ou qu'ils protègent les citoyens contre les conséquences fatales de « psychothérapies » nocives. Au contraire, la conseillère d'État UDC Natalie Rickli s'est déjà révélée maîtresse de la distorsion cognitive lorsqu'elle « avec une perfidie raffinée [...] inversa la signification du concept de "responsabilité personnelle" »36 : « Les non-vaccinés devraient en fait renoncer à une place en soins intensifs — ça, ce serait la responsabilité personnelle. »36 Ce qui conduit à la question : Natalie Rickli protège-t-elle les intérêts du peuple suisse — ou ceux d'une association professionnelle dont les membres profitent économiquement de la perpétuation de traitements inefficients ?

Si la septicémie cognitive a infecté l'État, alors aujourd'hui comme en 1938, « la défense spirituelle nationale est laissée avant tout au citoyen [...] »,32 à qui nul ne peut retirer la responsabilité personnelle de se défendre contre les ennemis de l'intérieur par « le libre épanouissement de l'esprit »32 — par la force de son propre intellect. Qui veut survivre en bonne santé à la guerre menée contre la pensée n'a d'autre choix que de penser par lui-même.

Sources

1 Du Cluzel, F. : Cognitive Warfare. Norfolk, VA : NATO Allied Command Transformation (ACT), Innovation Hub, 2020, p. 25. [Texte original : « While actions taken in the five domains are executed in order to have an effect on the human domain, cognitive warfare's objective is to make everyone a weapon. »]

2 Claverie, B. ; Prébot, B. ; Buchler, N. ; Du Cluzel, F. (éd.) : Cognitive Warfare: The Future of Cognitive Dominance. First NATO scientific meeting on Cognitive Warfare (France) ‒ 21 June 2021. Neuilly-sur-Seine, France : NATO Collaboration Support Office, 2022.

3 Schuman, T.D. [alias Youri Bezmenov] : Love Letter to America. Los Angeles, CA : W.I.N. Almanac Panorama, 1984.

4 Schuman, T.D. [alias Youri Bezmenov] : Deception Was My Job: The Testimony of Yuri Bezmenov - Interviewed by G. Edward Griffin. Westlake Village, CA : American Media, 1984.

5 OCDE : Psychische Gesundheit und Beschäftigung: Schweiz [Santé mentale et emploi : Suisse]. Rapport de recherche n° 12/13. Berne : OFAS, 2014, p. 123.

6 Avenir Suisse : Die Schweiz hat dreimal so viele Psychiater wie der OECD-Durchschnitt – 53 gegenüber 19 pro 100'000 Einwohner [La Suisse compte trois fois plus de psychiatres que la moyenne de l'OCDE]. Zurich : Avenir Suisse, 01.07.2025.

7 Tuch, A. ; Fischer, F.B. ; Jörg, R. : Monitoring zur Neuregelung der psychologischen Psychotherapie [Monitoring de la nouvelle réglementation de la psychothérapie psychologique]. Deuxième rapport mandaté par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Rapport Obsan 07/2025. Neuchâtel : Observatoire suisse de la santé, 2025, p. 20.

8 Ibid., p. 4.

9 Observatoire suisse de la santé (éd.) : Psychische Gesundheit in der Schweiz: Entwicklung, Förderung, Prävention und Versorgung [Santé psychique en Suisse : évolution, promotion, prévention et prise en charge]. Rapport national sur la santé 2025 (Obsan). Neuchâtel : Office fédéral de la statistique, 2025, p. 89.

10 Office fédéral des assurances sociales : Jahresbericht IV-Statistik 2024 [Rapport annuel Statistique AI 2024]. Berne : Office fédéral des assurances sociales (OFAS), 2024, p. 6.

11 Althaus, N ; Messmer, P. : Die Schweiz auf der Couch [La Suisse sur le divan]. Neue Zürcher Zeitung am Sonntag, 9/2025, 02.03.2025, p. 1 et p. 18-19.

12 Haslam, N. : Concept creep: Psychology's expanding concepts of harm and pathology. Psychological Inquiry, 27(1), 1–17. [Texte original, p. 14 : « A possible adverse looping effect of concept creep is therefore a tendency for more and more people to see themselves as victims who are defined by their suffering, vulnerability, and innocence, and who have diminished agency to overcome their plight. »]

13 Dörner, K. : Gesundheitssystem: In der Fortschrittsfalle [Système de santé : pris au piège du progrès]. Deutsches Ärzteblatt, 20.09.2002, vol. 99, n° 38, p. A2462–A2466. [Citation : section 11, p. A2464 ss.]

14 Luchmann, D. : Die Schweiz als Paradies der psychotherapeutischen Ineffizienz [La Suisse, paradis de l'inefficience psychothérapeutique]. Psychotherapie. 14.08.2025.

15 Dr. Dietmar Luchmann, LLC : Assoziation Schweizer Psychotherapeutinnen und Psychotherapeuten (ASP) « stören » wissenschaftliche Psychotherapie-Standards [Les standards scientifiques de la psychothérapie « dérangent » l'Association suisse des psychothérapeutes (ASP)]. Psychotherapie. 16.02.2026.

16 Dr. Dietmar Luchmann, LLC : IKP Institut für körperzentrierte Psychotherapie Zürich [IKP Institut de psychothérapie centrée sur le corps Zurich]. Psychotherapie. 16.02.2026.

17 Citations extraites de la lettre de l'« Association suisse des psychothérapeutes (ASP) », signée par Gabriela Rüttimann en qualité de « présidente », datée du 01.09.2025, adressée à la Direction de la santé du canton de Zurich. La lettre est disponible en copie PDF. Documentation.

18 Luchmann, D. : Gesundheitsdirektion Zürich unter Natalie Rickli und die Assoziation Schweizer Psychotherapeuten (ASP) [Direction de la santé de Zurich sous Natalie Rickli et l'Association suisse des psychothérapeutes (ASP)]. Psychotherapie. 03.03.2026.

19 National Institute for Health and Care Excellence (NICE) : Generalised anxiety disorder and panic disorder in adults: management. Clinical guideline. 15 June 2020. [Texte original, section 1.3.15 : « CBT in the optimal range of duration (7 to 14 hours in total) should be offered. » Section 1.3.20 : « Benzodiazepines are associated with a less good outcome in the long term and should not be prescribed for the treatment of individuals with panic disorder. »]

20 Öst, L.-G. : One-session treatment for specific phobias. Behaviour Research and Therapy. 1989, Volume 27, Issue 1, 1-7. [Texte original, p. 6 : « The results for the present group of 20 consecutive cases of specific phobia show that 90% of the patients were much improved or completely recovered after a mean of 2.1 h of therapy. »]

21 Grawe, K. ; Donati, R. ; Bernauer, F. : Psychotherapie im Wandel. Von der Konfession zur Profession [La psychothérapie en mutation. De la confession à la profession]. Göttingen : Hogrefe-Verlag, 1994, p. 670.

22 Ibid., p. 694.

23 Dr. Dietmar Luchmann, LLC : Schützt Natalie Rickli ineffiziente Psychotherapie-Schulen? [Natalie Rickli protège-t-elle les écoles de psychothérapie inefficientes ?] Psychotherapie. 16.02.2026.

24 Beck, R. : Natalie Rickli: Nur das Image zählt [Natalie Rickli : seule l'image compte]. Die Wochenzeitung, Zurich, n° 14/2025. 03.04.2025.

25 Luchmann, D. : Natalie Rickli und die Psychologen-Lobby [Natalie Rickli et le lobby des psychologues]. Inside Paradeplatz, Zurich, 03.03.2026.

26 Zahno, C. : « Immer mehr kommen psychisch vorbelastet in die Armee » [« De plus en plus arrivent dans l'armée avec des antécédents psychiques »]. Blick, 29.06.2025.

27 Clavadetscher, R. : Armee schrumpft so oder so [L'armée rétrécit quoi qu'il arrive]. St. Galler Tagblatt, 07.07.2010.

28 Keystone-SDA : Beruf und Herkunft haben Einfluss auf Diensttauglichkeit [Profession et origine influencent l'aptitude au service]. SwissInfo, 24.03.2017.

29 Kraus, K. : Nachts [La nuit]. In : Die Fackel, vol. XV, livraison de juin 1913 (numéro double 376/377 du 30 mai 1913), 18-25 [citation p. 21].

30 Luchmann, D. : Motion 25.4533 : « Retirer la psychothérapie du catalogue des prestations ». Psychotherapie. 27.02.2026.

31 Le Parlement suisse : Psychotherapien wieder aus dem Leistungskatalog streichen [Retirer les psychothérapies du catalogue des prestations]. Motion 25.4533 du 16.12.2025, déposée par Philippe Nantermod (PLR), rejetée par le Conseil fédéral le 11.02.2026.

32 « Botschaft des Bundesrates an die Bundesversammlung über die Organisation und die Aufgaben der schweizerischen Kulturwahrung und Kulturwerbung vom 9. Dezember 1938 » [Message du Conseil fédéral à l'Assemblée fédérale sur l'organisation et les tâches de la sauvegarde et de la propagande culturelles suisses du 9 décembre 1938]. Berne : Feuille fédérale, 90e année, n° 50, vol. II, 1938, 985-1035. [Citation p. 1021.]

33 Cicéron : Die Catilinarischen Reden [Les Catilinaires]. Berlin : Akademie-Verlag, 2011. [Citation originale : In L. Catilinam II, § 11, p. 50 : « domesticum bellum manet, intus insidiae sunt, intus inclusum periculum est, intus est hostis. »]

34 Beck, A.T. : Foreword. In : Beck, J.S. : Cognitive Behavior Therapy: Basics and Beyond. 3e édition. New York : Guilford Press, 2021. [Texte original, p. XI : « The practice of CBT is not simple. Too many mental health professionals call themselves CBT therapists but lack even the most basic conceptual and treatment skills. »]

35 Sun Tzu. The Art of War. Tokyo : Tuttle Publishing, 2008. [Texte original (III.2), p. 10 : « 不戰而屈人之兵,善之善者也。 ».]

36 Luchmann, D. : Angstambulanz am Zürichsee: Als Zürich die kognitive Psychotherapie von Angst und Hysterie verbot [Consultation ambulatoire de l'angoisse au bord du lac de Zurich : quand Zurich interdit la psychothérapie cognitive de la peur et de l'hystérie]. Psychotherapie, 20.08.2025.

Votre commentaire

Avez-vous des remarques, des suggestions ou des compléments à apporter à cet article ? Avez-vous vos propres expériences thérapeutiques ? Nous nous réjouissons de recevoir des retours substantiels.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Elle sert uniquement à d'éventuelles questions de la rédaction.